
Trump intime à Netanyahu l’ordre d’un « calibrage » des frappes au Liban
Dans un entretien accordé au site Axios et relayé mercredi par plusieurs médias internationaux, le président américain Donald Trump a révélé avoir directement sommé le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu de limiter ses opérations militaires au Liban à des frappes « chirurgicales », excluant tout retour à une guerre ouverte. « Je lui ai dit qu’il devait agir avec plus de précision, ne pas détruire des immeubles. C’est trop horrible et cela nuit à l’image d’Israël », a déclaré M. Trump, ajoutant son « amour pour le Liban et sa direction » et sa conviction que le pays, ruiné par « l’Iran et son mandataire le Hezbollah », peut renaître. Cette mise en garde intervient alors que la trêve négociée sous l’égide de Washington entre l’État hébreu et Beyrouth, censée expirer à la mi-mai, n’est que partiellement respectée. Des responsables israéliens et libanais redoutent un effondrement total de l’accord dans les semaines à venir.
Du côté israélien, la pression militaire ne faiblit pas. Le chef d’état-major, Eyal Zamir, a déclaré depuis le sud du Liban que « le combat continue », contredisant dans les faits les appels à la modération venus de la Maison-Blanche. Selon des informations rapportées par la chaîne israélienne Channel 12, Netanyahu aurait sollicité de l’administration Trump un délai supplémentaire de deux à trois semaines pour les négociations avec le gouvernement libanais, passé lequel il demanderait l’autorisation de « revenir au plan initial » – une escalade que les sources proches du dossier jugent inévitable si les pourparlers n’aboutissent pas. Cette requête a été formulée lors d’un entretien téléphonique direct entre les deux dirigeants, au cours duquel Netanyahu aurait également plaidé pour un « renforcement » de la riposte israélienne aux tirs du Hezbollah.
Au-delà du face-à-face américano-israélien, la crise libanaise s’inscrit dans un jeu régional plus vaste. Trump, fidèle à sa rhétorique, lie explicitement la survie du Hezbollah à celle de l’Iran : « Quand on en finira avec l’Iran, on en finira automatiquement avec le Hezbollah », a-t-il asséné, rejetant au passage une proposition iranienne de cessez-le-feu global qui aurait lié le dossier nucléaire à une stabilisation du détroit d’Ormuz. Pour les observateurs francophones, notamment au Maghreb et en Afrique subsaharienne où la question libanaise résonne avec les fragilités des États postsoviétiques, cette posture américaine révèle une double contrainte : Washington veut à la fois préserver l’image d’Israël et éviter un embrasement régional qui compromettrait ses priorités nucléaires iraniennes.
Dans ce contexte, la fenêtre diplomatique ouverte jusqu’à la mi-mai apparaît aussi fragile que décisive. Les autorités libanaises, tout en se réjouissant des déclarations de Trump, savent que le Premier ministre israélien n’a guère de marge de manœuvre face à un état-major qui juge la trêve intenable. L’avenir immédiat du Liban se joue désormais dans l’équilibre instable entre l’ultimatum israélien, la pression américaine et l’intransigeance iranienne – un équilibre que ni les frappes ciblées ni les appels à l’amour ne suffiront à maintenir.
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