
Violences scolaires au Brésil et en France : des tragédies qui révèlent des systèmes en crise
Meurtre d’une collégienne dans l’Aisne, fusillade en Acre, corruption à Blumenau : une vague de violences interroge les réponses institutionnelles.
La violence qui frappe les établissements scolaires et leurs abords prend des visages différents selon les continents, mais partage un même terreau de défaillances systémiques. Au Brésil, c’est dans l’État de l’Acre qu’un adolescent de treize ans a ouvert le feu dans une école publique de Rio Branco, tuant deux inspectrices. L’enquête a révélé que d’autres élèves avaient eu connaissance du plan via un groupe sur les réseaux sociaux, sans que rien ne soit empêché. Le padrastro du mineur, propriétaire de l’arme et haut fonctionnaire, a été rapidement exfiltré de l’administration, mais libéré après avoir signé un simple procès-verbal. Cette affaire illustre une double carence : la porosité de l’accès aux armes à feu et l’incapacité des mécanismes de signalement à anticiper des passages à l’acte annoncés.
Plus au sud, dans le Santa Catarina, l’onde de choc de l’attaque de la crèche de Blumenau, survenu en 2023, continue de se propager. Une opération du Gaeco visant des fonctionnaires et un entrepreneur a mis au jour un système de dispense de licitation pour la surveillance scolaire après le massacre. Vingt et un mandats de recherche ont été exécutés dans trois villes. Derrière l’urgence sécuritaire, c’est une corruption opportuniste que la justice traque, révélant comment la peur légitime des familles peut être instrumentalisée par des réseaux locaux.
En France, le drame de Fère-en-Tardenois, dans l’Aisne, a pris une autre forme : celui d’une collégienne de quatorze ans poignardée à mort en pleine rue alors qu’elle se rendait à son collège. L’auteur présumé, un homme de vingt-trois ans, a avoué les faits. Il s’agirait d’un ancien compagnon. Ce féminicide, commis dans un bourg de moins de trois mille habitants, rappelle que la violence juvénile n’est pas seulement celle des fusillades collectives, mais aussi celle, intime et quotidienne, qui tue des adolescentes dans l’espace public.
De Rio Branco à Blumenau, de Fère-en-Tardenois au Crato – où un règlement de comptes entre factions a fait trois morts lors d’une fête organisée par une organisation criminelle –, ces événements dessinent une géographie de l’insécurité qui interroge les États. Au Brésil, la multiplication des attaques en milieu scolaire a conduit à des annonces de renforcement de la sécurité, mais les enquêtes montrent que la mise en œuvre est entachée de détournements. En France, le débat sur la protection des mineurs face à la violence de genre semble à nouveau relégué après l’émotion immédiate.
Ces tragédies ne sont pas isolées : elles sont les symptômes de politiques de prévention insuffisantes, d’un accès trop facile aux armes dans certaines régions, et d’une normalisation de la violence dans les relations entre jeunes. L’urgence commande une approche globale qui ne se limite pas à la vidéosurveillance ou à l’embauche de vigiles, mais qui intègre éducation, santé mentale et contrôle des armes. Les sociétés brésilienne et française, comme d’autres dans l’espace francophone, doivent apprendre des failles de leurs systèmes avant que la prochaine alerte ne devienne une nouvelle tragédie.
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