
L'arrestation d'un historien des répressions soviétiques illustre la dérive autoritaire russe
Le chercheur Oleg Novoselov, spécialiste de la Grande Terreur, est accusé de « soutien au terrorisme ». Sa détention s’inscrit dans un durcissement du contrôle mémoriel.
L’arrestation à Ekaterinbourg de l’historien Oleg Novoselov, aussitôt inscrit sur la liste des « terroristes et extrémistes » du gendarme financier russe, marque une escalade dans la répression des travaux sur la mémoire soviétique. Agé de trente-sept ans, ce chercheur minutieux des archives de la région de Sverdlovsk était connu pour son travail bénévole au sein de l’organisation Memorial, déclarée « extrémiste » par la Cour suprême de Russie en 2024. Il est désormais poursuivi pour « incitation ou recrutement en vue d’activités terroristes », un chef passible de quinze ans de réclusion. Aucun élément concret n’a été rendu public pour justifier cette accusation, mais son télégramme « Les répressions à Sverdlovsk » et ses conférences très suivies sur les purges staliniennes en faisaient une cible idéale dans un climat où le passé devient un champ de bataille politique.
Ce n’est pas un cas isolé. À la même période, Sofia Chepik, une jeune femme de vingt ans membre d’un groupe Telegram clandestin appelé « Cygne écarlate » – qui appelait à manifester contre les restrictions d’Internet – a fui la Russie après avoir été détenue puis menacée par le FSB. Ces deux affaires, bien que distinctes, participent d’une même logique : l’État russe, par la voie judiciaire et sécuritaire, réprime quiconque s’aventure dans les interstices de la mémoire historique ou de la contestation numérique. La décision, annoncée en septembre 2024, par les archives d’État de ne plus communiquer les dossiers des réprimés qu’aux descendants directs – mesure dénoncée par Novoselov – confirme que le Kremlin entend verrouiller l’accès à ce passé, craignant qu’il n’alimente les résistances présentes.
Du point de vue des observateurs européens, cette série d’arrestations révèle une dérive déjà bien documentée : la criminalisation des activités mémorielles et associatives. En Belgique et au Canada francophones, où les communautés issues de l’émigration russe suivent de près ces évolutions, on souligne le paradoxe d’un régime qui se dit héritier de la lutte antifasciste tout en réprimant ceux qui étudient les violences d’État soviétiques. En Afrique francophone, des historiens et juristes, confrontés eux-mêmes à des passés coloniaux souvent verrouillés, voient dans ces pratiques un rappel de la manière dont les régimes autoritaires instrumentalisent le récit historique pour verrouiller le présent.
L’avenir immédiat s’annonce sombre pour la recherche indépendante en Russie. L’arrestation de Novoselov et la fuite de Chepik ne sont que les signes avant-coureurs d’un durcissement accru. En privant les chercheurs de l’accès aux archives et en criminalisant leur travail, Moscou achève de couper les ponts avec les standards académiques internationaux et renforce l’isolement intellectuel du pays. À terme, c’est la possibilité même d’une histoire critique de la période soviétique qui est menacée, tandis que l’État impose un récit unique, vidé de toute dissonance.
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