
À Vancouver, le refus palestinien qui a fait dérailler la chorégraphie de la FIFA
La scène se voulait un symbole d’unité, une image soigneusement préparée par Gianni Infantino lors du congrès annuel de la FIFA à Vancouver. Mais ce jeudi, le scénario a volé en éclats. Devant les délégués du monde entier, le président palestinien du football, Jibril Rajoub, a catégoriquement refusé de s’approcher de Bassim Sheikh Suliman, vice-président de la fédération israélienne, pourtant convié avec lui sur scène. Malgré les gestes insistants d’Infantino, qui cherchait un instant de fraternité médiatique, Rajoub est resté en retrait, soufflant dans le micro son indignation avant de quitter l’espace sans une poignée de main. Selon Susan Shalabi, vice-présidente palestinienne présente dans la salle, il aurait lancé qu’il ne pouvait « pas serrer la main de quelqu’un que les Israéliens ont amené pour blanchir leur fascisme et leur génocide », des propos relayés par l’agence Reuters et abondamment commentés dans la presse moyen-orientale.
Ce refus brut n’est pas un simple incident protocolaire : il s’inscrit dans un contentieux qui gagne en intensité. La Fédération palestinienne a récemment saisi le Tribunal arbitral du sport pour contester la décision de la FIFA de ne pas sanctionner Israël au sujet des clubs de football implantés dans les colonies de Cisjordanie. Dans son discours précédant l’imbroglio, Rajoub avait exhorté l’instance mondiale à se saisir des allégations de discrimination, faisant valoir que la crédibilité de la FIFA était en jeu. Le refus de la poignée de main apparaît donc comme l’expression publique d’un ressentiment accumulé, nourri par la guerre à Gaza et par le sentiment d’une impunité israélienne dans les arènes sportives.
La presse européenne a immédiatement relevé l’entorse à la mise en scène minutieuse des congrès de la FIFA. Le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung note ainsi que « quelqu’un dévie du scénario », soulignant combien Infantino, rompu aux envolées lyriques sur la paix, a vu sa chorégraphie déraper. Du côté israélien, on relève que le responsable éconduit, Suliman, est lui-même un Arabe israélien, ce qui complexifie la lecture d’un affront purement national. Les médias arabes et iraniens insistent au contraire sur l’émotion d’un peuple qui se dit « en souffrance », tandis que des analystes canadiens rappellent que Vancouver, ville multiculturelle et régulièrement traversée par des mobilisations propalestiniennes, offrait un arrière-plan aussi symbolique qu’embarrassant pour les organisateurs.
Au-delà de l’éclat, l’incident révèle la fragilité de la posture dépolitisée du football mondial. Infantino a tenté de sauver la façade en évoquant un travail commun à venir, mais la plainte devant le Tribunal arbitral du sport place désormais la FIFA face à ses contradictions. Une suspension d’Israël, réclamée par de nombreuses fédérations du Sud global et par une partie de l’Afrique francophone, constituerait un séisme diplomatique ; l’inaction prolongée, elle, alimente le discrédit d’une gouvernance accusée de deux poids deux mesures. Alors que le Mondial 2026 doit accueillir l’Iran, autre protagoniste majeur des tensions régionales, l’espace de neutralité sportive se réduit. La main qui ne s’est pas tendue à Vancouver n’est peut-être que le prélude d’une contestation plus structurelle de l’ordre sportif international.
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