
Apple en apothéose avant le crépuscule de l’ère Cook
La transition à la tête d’Apple s’ouvre sur un triomphe commercial. Au deuxième trimestre de son exercice décalé, clos fin mars, le groupe de Cupertino a enregistré un chiffre d’affaires de 111,2 milliards de dollars et un bénéfice net en hausse de 19 %, à 29,6 milliards, pulvérisant les attentes des analystes nord-américains. Ce résultat, qualifié de « meilleur trimestre de mars de l’histoire » par Tim Cook, doit presque tout à l’exceptionnelle vitalité de l’iPhone 17, dont les ventes ont bondi de 22 % sur un an. Le patron sortant, qui cédera son fauteuil de directeur général en septembre, a ainsi offert à son successeur désigné, John Ternus, un tremplin aussi doré qu’instable.
Sur le plan géographique, la performance d’Apple révèle une reconfiguration accélérée des équilibres mondiaux. En Chine, le chiffre d’affaires a grimpé de 28 %, un rythme supérieur à tous les autres marchés, signe que la marque à la pomme a su contourner les tensions géopolitiques et les velléités protectionnistes. Les médias indiens, eux, rapportent l’enthousiasme débordant de Tim Cook pour le sous-continent, qualifié d’« opportunité immense » : deuxième marché mondial du smartphone, troisième pour les PC, l’Inde incarne le relais de croissance dont Apple a besoin pour ne pas dépendre exclusivement de l’Asie orientale. En Europe, la croissance demeure plus modeste, mais la presse économique suisse et allemande souligne la résilience des services numériques et la bonne tenue des ventes de Mac, qui ont atteint 8,4 milliards de dollars, une surprise appréciée dans les salles de marché francfortoises comme zurichoises. Les perspectives africaines et canadiennes, bien que discrètes dans les résultats, s’inscrivent dans cette poussée des services, dont la progression à deux chiffres nourrit une assise moins cyclique.
Cette euphorie immédiate ne masque toutefois pas les fragilités à venir. Dès sa première intervention publique, John Ternus s’est voulu rassurant sans rien dévoiler, affirmant n’avoir « jamais été aussi optimiste ». Les observateurs nord-américains relèvent surtout la prévision de croissance de 14 % à 17 % pour le trimestre en cours, nettement au-dessus du consensus. Mais les contraintes persistantes sur les puces mémoire, évoquées tant par la direction que par la presse américaine, pourraient freiner l’élan. Surtout, la concurrence dans l’intelligence artificielle fait planer une ombre sur l’héritage de Cook, qui laisse à Ternus le soin de défendre un écosystème encore en retrait sur ce terrain.
L’édifiant conseil que Tim Cook, reprenant une leçon de Steve Jobs, a glissé à son dauphin – « ne te demande jamais ce que j’aurais fait, fais ce qui est juste » – résonne comme un adieu philosophique. Alors qu’Apple annonce un nouveau programme de rachat d’actions de 100 milliards de dollars, la question n’est plus seulement celle du rendement financier : elle est de savoir si le nouveau capitaine saura maintenir le cap dans une industrie où la bataille de l’IA redéfinit déjà les loyautés des consommateurs, de Shanghai à Dakar en passant par Bruxelles.
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