
Accusations américaines contre Rocha Moya : Sheinbaum entre souveraineté et realpolitik
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a opposé jeudi une fin de non-recevoir à la demande d'extradition formulée par Washington contre le gouverneur de Sinaloa, Rubén Rocha Moya, et neuf autres responsables locaux, tous soupçonnés de protéger le cartel de Sinaloa. « Nous ne permettrons l'intrusion d'aucun gouvernement étranger dans nos affaires intérieures », a-t-elle martelé, tout en laissant la porte ouverte à des poursuites au Mexique si les États-Unis fournissaient des « preuves irréfutables ». Cette affaire, inédite par son ampleur – c'est la première fois qu'un gouverneur en exercice est directement visé par la justice américaine –, place le gouvernement mexicain dans une position délicate, tiraillé entre la défense de la souveraineté nationale et la nécessité de coopérer avec son principal partenaire commercial.
L'acte d'accusation, déposé devant le tribunal du district sud de New York, décrit un système de corruption généralisé : des fonctionnaires auraient reçu des pots-de-vin mensuels de 30 000 à 300 000 pesos en échange de l'impunité accordée aux « Chapitos », la faction du cartel dirigée par les fils de Joaquín « El Chapo » Guzmán. Selon le document, ces arrangements auraient même facilité l'élection de Rocha Moya en 2021, par le biais d'intimidations et d'enlèvements. La réaction de l'opposition mexicaine ne s'est pas fait attendre : le Parti action nationale (PAN) a réclamé la disparition des pouvoirs à Sinaloa, tandis que le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a exigé l'annulation du registre de Morena, le parti au pouvoir, l'accusant d'être un « cartel du crime organisé ». Movimiento Ciudadano a, pour sa part, déposé une demande de levée d'immunité contre le gouverneur et le sénateur Enrique Inzunza.
Au-delà des clivages partisans, cette crise révèle les tensions géopolitiques croissantes entre Mexico et Washington. La présidente Sheinbaum a rappelé que la procédure s'apparente à celle engagée en 2020 contre le général Salvador Cienfuegos, finalement abandonnée, laissant planer le soupçon d'une instrumentalisation politique. L'ambassadeur américain Ronald Johnson a, de son côté, affirmé que « la corruption sera poursuivie partout où la juridiction américaine s'applique », un langage perçu comme une menace à Mexico. Des voix européennes, comme le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, notent que la Maison-Blanche de Donald Trump cherche à tester la solidité du nouveau gouvernement mexicain, tout en détournant l'attention de ses propres échecs sécuritaires.
L'avenir immédiat dépendra de la capacité de la Fiscalía General de la República à trouver des preuves suffisantes pour agir au niveau national, sans céder à la pression extérieure. La défense du fuero constitutionnel – qui protège le gouverneur et le sénateur – pourrait ralentir toute procédure, mais le temps joue contre Sheinbaum. Alors que le Brésil et le Canada observent avec attention, le Mexique risque de voir sa crédibilité internationale entamée s'il ne parvient pas à démontrer qu'il peut juger ses propres corrompus. La question centrale demeure : comment concilier la lutte contre le narcotrafic avec le respect de la souveraineté, sans verser dans le chantage politique ?
Élargis ton regard
Trump annonce un accord de désarmement du Hamas, Israël et le mouvement palestinien posent leurs conditions
4 langues · 103 sources
Depuis Economy & MarketsMexique : le PIB bondit de 1,5 % au deuxième trimestre, son meilleur élan depuis 2020
1 langue · 18 sources
Depuis TechnologyGIIAS 2026 : la citadine électrique Chery Q enregistre 6 000 commandes, bousculant le marché indonésien
1 langue · 15 sources