
Washington et Tokyo mènent une intervention coordonnée pour soutenir le yen, une première en près de trente ans
L’opération conjointe a brièvement ramené la devise japonaise de 164 à 155 yens pour un dollar, mais les fondamentaux économiques continuent de peser sur sa valeur.
Le yen a connu un brutal mouvement de renforcement la semaine dernière après que les États-Unis et le Japon sont intervenus de manière coordonnée sur le marché des changes, une première depuis près de trois décennies pour soutenir la monnaie nippone. Tombé à 163,99 yens pour un dollar en juillet, son plus bas niveau en quarante ans, le yen est remonté jusqu’à 155,20 avant de reperdre du terrain pour s’établir autour de 157,50. Ce reflux rapide illustre la puissance des forces structurelles qui pèsent sur la devise, au premier rang desquelles l’écart persistant entre les taux d’intérêt japonais et américains.
L’opération a mobilisé des moyens considérables. Selon les estimations fondées sur les comptes de la Banque du Japon, Tokyo aurait dépensé environ 53 milliards de dollars le jeudi, puis 34 milliards le vendredi, tandis que le Trésor américain aurait engagé entre 5 et 10 milliards de dollars. Fait inhabituel, Washington a acheté des yens en vendant des euros, et non des dollars, une mécanique qui, selon des sources de marché citées par Reuters, visait à ne pas donner l’impression que les États-Unis cherchaient à affaiblir leur propre monnaie. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé l’intervention et évoqué la possibilité pour le Japon d’utiliser la facilité de repo FIMA de la Réserve fédérale, qui permet à une banque centrale étrangère d’obtenir des liquidités en dollars sans avoir à vendre ses titres du Trésor américain.
Derrière ce coup de pouce à un allié, les analyses publiées dans la presse économique internationale soulignent une logique d’autoprotection de Washington. Le Japon est le premier détenteur étranger de la dette américaine, avec plus de 1 100 milliards de dollars de bons du Trésor. Une intervention unilatérale massive de Tokyo, financée par la vente de ces titres, risquait de faire monter les rendements obligataires américains à un moment où le taux à 30 ans atteignait déjà son plus haut niveau depuis 2007. « Pour Washington, soutenir le yen est une assurance à coût relativement bas », résumait un économiste de Moody’s Analytics cité par le New York Times. La perspective d’une déstabilisation des autres monnaies asiatiques, comme le won sud-coréen, a également été évoquée par le secrétaire Bessent.
Les stratèges interrogés par Bloomberg estiment que le seuil de 155 yens pour un dollar constitue désormais un test clé de la capacité du rallye à se prolonger. Mais la plupart des analystes, de Bank of America à Barclays, jugent que l’intervention ne fait que « gagner du temps » tant que l’écart de rendement entre les obligations japonaises et américaines ne se réduit pas. Le prochain indicateur à surveiller sera le rapport sur l’emploi américain de juillet, dont les chiffres pourraient influencer les anticipations sur la trajectoire des taux de la Fed et, par ricochet, la pression sur le yen.
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