
Washington impose un rapprochement stratégique entre Apple et Intel pour la souveraineté semiconductrice
L’administration Trump a orchestré un accord préliminaire entre Apple et Intel pour la fabrication de puces aux États-Unis, bousculant la dépendance de la firme californienne envers Taïwan.
Dans une manœuvre qui redessine les équilibres de la production semiconductrice mondiale, Apple et Intel ont conclu un accord préliminaire prévoyant la fabrication par Intel d’une partie des puces destinées aux iPhone et autres appareils de la marque à la pomme. Révélé par le Wall Street Journal, ce rapprochement, négocié pendant plus d’un an, a été accéléré par une intervention directe de la Maison-Blanche. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le président Donald Trump auraient personnellement rencontré les dirigeants d’Apple, de SpaceX et de Nvidia pour les convaincre de recourir aux fonderies d’Intel, désormais sous tutelle publique après que l’État fédéral est devenu son premier actionnaire en 2025.
Pour Intel, dont la division fonderie accumulait les retards technologiques et les pertes de parts de marché face à TSMC, cet accord représente un ballon d’oxygène décisif. Non seulement il garantit des volumes de production considérables – Apple expédie plus de 200 millions d’iPhone par an, sans compter les iPad et Mac – mais il valide aussi le pari de la relocalisation industrielle voulue par Washington. En Asie, la nouvelle a suscité une vive inquiétude : Taïwan, via TSMC, reste le fournisseur quasi exclusif des circuits intégrés Apple, et la diversification vers Intel menace directement l’hégémonie de l’île dans les procédés de gravure avancée. Les analystes de la région pointent le risque d’une fragmentation de la chaîne d’approvisionnement sous pression politique, alors même que la demande en semi-conducteurs pour l’IA ne cesse de croître et que TSMC peine à répondre aux commandes conjuguées de Nvidia et d’AMD.
Du côté européen et francophone, cet accord confirme une tendance lourde : la militarisation des politiques industrielles américaines. Bruxelles, qui a lancé son propre Chips Act, observe avec inquiétude la capacité de Washington à contraindre ses champions technologiques à se fournir localement. Au Canada, où la chaîne d’approvisionnement électronique est fortement intégrée à celle des États-Unis, on redoute une renationalisation des flux qui pourrait renchérir les coûts pour les assembleurs. En Afrique, où l’accès aux composants bonifiés est déjà contraint, la perspective d’un marché semiconducteur polarisé entre deux blocs – l’américain et le taïwanais – pourrait freiner l’émergence d’industries locales.
Reste à savoir si Intel parviendra à tenir ses promesses technologiques. Les délais de montée en cadence dans les procédés 18A et au‑delà, cruciaux pour les processeurs Apple, sont incertains. L’accord, pour l’heure préliminaire, pourrait n’être qu’un premier pas, dont l’issue dépendra moins de la performance industrielle que de la volonté politique américaine de maintenir la pression sur ses alliés. Alors que le gouvernement Trump fait de la souveraineté semiconductrice le pivot de sa stratégie de puissance, ce tandem Intel‑Apple illustre une transformation profonde : l’État fédéral n’est plus un simple régulateur, mais l’architecte central des alliances technologiques.
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