
Au Brésil, le scandale Vorcaro et les tarifs de Trump rebattent les cartes électorales
La dernière enquête Genial/Quaest, publiée le 10 juin, marque un tournant dans la campagne présidentielle brésilienne : Luiz Inácio Lula da Silva creuse l’écart sur son principal rival, le sénateur d’extrême droite Flávio Bolsonaro, avec 44 % des intentions de vote contre 38 % au second tour. Cette avance de six points, la plus importante depuis janvier, rompt l’équilibre précaire qui prévalait depuis des mois. Elle s’explique par deux chocs simultanés : la révélation des liens entre Flávio Bolsonaro et le banquier Daniel Vorcaro, ex-contrôleur du Banco Master, et la menace d’un nouveau tarif douanier américain de 25 % brandi par Donald Trump. Pour 65 % des électeurs, le sénateur a eu tort de solliciter un financement pour un film sur son père auprès de Vorcaro, tandis que 58 % estiment qu’il pourrait dissimuler des activités illégales. Parallèlement, 47 % des Brésiliens donnent raison à Lula lorsqu’il affirme que ces tarifs sont une rétorsion contre le système de paiement Pix, contre 35 % qui suivent la version de Flávio Bolsonaro.
Le mouvement le plus significatif se produit chez les électeurs indépendants, qui représentent un tiers de l’électorat. En un mois, Lula y a gagné huit points (de 29 % à 37 %), tandis que Flávio Bolsonaro en perdait sept (de 31 % à 24 %). Ce basculement, souligné par le directeur de la Quaest Felipe Nunes, traduit une défiance croissante envers le candidat d’extrême droite, dont l’image de modéré patiemment construite par ses conseillers s’effrite. La droite non bolsonariste elle-même s’éloigne, avec une baisse de six points. En revanche, la tentative de Flávio Bolsonaro de capitaliser sur son voyage à Washington et sa rencontre avec Trump n’a pas porté ses fruits : la présidence américaine, en menaçant le Brésil de sanctions, a plutôt renforcé la position de Lula, perçu comme le défenseur des intérêts nationaux.
Du côté de la « troisième voie », le candidat du parti Missão, Renan Santos, progresse légèrement au second tour face à Lula (31 %, contre 28 % en mai), mais reste loin de constituer une alternative crédible. Les autres prétendants, comme Ronaldo Caiado ou Aécio Neves, stagnent à des niveaux marginaux. L’équipe de campagne de Flávio Bolsonaro, en proie à l’inquiétude, tente de minimiser la dégringolade en invoquant une hausse dans la question spontanée, mais les analystes estiment que le mal est profond. Le rejet du sénateur atteint 56 %, contre 53 % pour Lula, dont la gestion est désapprouvée par 48 % des sondés. Le PT, de son côté, voit dans ces chiffres une consolidation de l’avantage de son champion, tandis que le PL pointe des variations dans la marge d’erreur.
Au-delà des péripéties électorales, cette enquête révèle une polarisation qui, loin de s’atténuer, se resserre autour de deux figures clivantes. Les indépendants, pourtant nombreux, peinent à trouver une offre politique à leur mesure, et les scandales successifs – du Banco Master aux tarifs de Trump – ne font que renforcer le duel Lula-Bolsonaro. Alors que la campagne entre dans sa phase décisive, la capacité de Flávio Bolsonaro à restaurer sa crédibilité sera cruciale. Mais pour l’heure, le vent tourne en faveur du président sortant, qui semble avoir retrouvé l’élan perdu au début de l’année.
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