
Au Maroc, l'intelligence artificielle menace 1,5 million d'emplois tandis que la crise des NEET s'aggrave
Selon un récent rapport du Centre africain d’études stratégiques et de numérisation, près d’un million et demi d’emplois au Maroc sont directement menacés par l’automatisation et l’intelligence artificielle à l’horizon 2030. Plus largement, ce sont 4,6 millions de postes – soit près de la moitié de la main-d’œuvre formelle – qui verraient leurs tâches et compétences profondément transformées. Ce bouleversement intervient alors que le royaume chérifien peine déjà à intégrer sa jeunesse dans le marché du travail.
Une autre étude, réalisée conjointement par le Haut-Commissariat au Plan, l’Organisation internationale du travail et l’Union européenne, révèle qu’en 2023, 2,9 millions de Marocains âgés de 15 à 29 ans – soit un tiers de cette classe d’âge – n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce chiffre, stable depuis la pandémie de Covid-19, témoigne d’une crise structurelle bien plus qu’un simple contrecoup conjoncturel.
D’un point de vue régional, cette double fragilité expose le Maroc à des risques accrus dans un Maghreb déjà confronté à des taux de chômage élevés et à une transition numérique inégale. Les observateurs européens, qui soutiennent à travers le voisinage sud de l’UE des programmes de formation professionnelle, s’inquiètent de l’absence d’un filet social adapté à l’ère numérique. Du côté de l’Afrique francophone, le cas marocain illustre un dilemme commun : comment concilier modernisation technologique et protection de l’emploi, alors que les secteurs traditionnels – agriculture, textile, services – sont les premiers vulnérables.
Face à cette perspective, les analystes marocains insistent sur l’urgence de repenser les systèmes d’éducation et de formation, tout en développant des politiques actives d’accompagnement vers les métiers émergents. La création d’emplois numériques progresse trop lentement : à peine 180 000 postes nouveaux sont escomptés, bien en deçà des besoins. L’enjeu n’est pas seulement économique, mais aussi social et démocratique. Dans un contexte de fortes inégalités, le risque d’une fracture numérique générationnelle et territoriale pourrait exacerber les tensions. Le Maroc, comme d’autres pays du Sud, devra innover dans ses politiques publiques pour éviter que l’IA ne devienne un accélérateur d’exclusion.
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