
Au Mexique, la « primavera laboral » bute sur l’urgence d’une réforme fiscale
La publication au Journal officiel, le 1er mai, du décret réduisant à quarante heures la durée maximale de la semaine de travail constitue l’aboutissement d’une promesse de la présidente Claudia Sheinbaum, mais aussi le point de départ d’une nouvelle bataille. Cette réforme, qui abroge le régime de soixante heures hérité d’une époque néolibérale, s’accompagne de la garantie, pour les agents de l’État, d’un salaire au moins égal au revenu moyen des affiliés à l’IMSS, soit près de 17 600 pesos mensuels. Dans son discours, la cheffe de l’exécutif a évoqué une « primavera laboral » destinée à durer, rompant avec la doctrine qui avait érodé le pouvoir d’achat des travailleurs depuis 2018.
Pourtant, les syndicats, par la voix de María de Jesús Rodríguez Vázquez, ont immédiatement rappelé que ces avancées légales resteraient lettre morte sans une réforme fiscale qui exonère d’impôt le treizième mois et les heures supplémentaires, afin que les salariés perçoivent un revenu net plus élevé. Au nord du continent, la même journée a vu le Québec relever son salaire minimum de 3,11 %, le portant à 16,60 dollars canadiens de l’heure. Mais l’éditorial du Devoir tempère l’optimisme : cette hausse, alignée sur l’inflation prévue, ne fait que réduire marginalement l’écart salarial pour les plus jeunes, sans enrichir réellement les bénéficiaires.
La perspective québécoise éclaire ainsi les limites d’une politique qui agit sur le salaire nominal sans toucher aux prélèvements ni aux inégalités structurelles. Du côté mexicain, l’exécutif a également instauré un certificat des droits des travailleurs agricoles dans le secteur d’exportation, interdisant l’expédition de marchandises par les entreprises qui ne déclarent pas leurs employés. Cette mesure, couplée à l’interdiction de la sous-traitance abusive, dessine un nouveau cadre protecteur.
Mais l’enjeu central reste la soutenabilité de cette « primavera » : sans réforme du système fiscal, la hausse des salaires pourrait être absorbée par l’impôt, tandis que les entreprises, contraintes par la réduction du temps de travail, chercheront à répercuter leurs coûts sur les prix. La demande syndicale d’une révision de la fiscalité du travail n’est pas une simple revendication corporatiste ; c’est le chaînon manquant d’une politique qui se veut transformatrice. Alors que le gouvernement mexicain engrange les premiers fruits d’un changement de paradigme, le dialogue social s’engage sur un terrain où les promesses de redistribution se heurtent à la matérialité des comptes publics.
La suite dépendra de la capacité de l’administration Sheinbaum à articuler, comme elle le fait avec la journée de quarante heures, une réforme fiscale qui donne aux travailleurs une part réelle des gains de productivité.
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