
Au Royaume-Uni, le raz-de-marée populiste menace de submerger le Parti travailliste
Les travaillistes risquent une défaite historique aux élections locales du 7 mai, tandis que Reform UK et les Verts grignotent leurs bastions.
La séquence est inédite depuis un siècle : pour la première fois, le Parti travailliste pourrait perdre le Pays de Galles. Selon les derniers sondages, Plaid Cymru, le parti nationaliste gallois, devance largement le Labour, relégué en troisième position derrière Reform UK, la formation de Nigel Farage. Ce scrutin, qui se tient ce jeudi en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, est présenté comme un référendum sur la gestion de Keir Starmer, englué dans une impopularité persistante liée à la crise du coût de la vie, à l’immigration et à une communication jugée maladroite.
Au-delà du Labour, c’est tout le système bipartite hérité du XXe siècle qui vacille. En Angleterre, les projections annoncent une hémorragie de conseillers municipaux travaillistes, tandis que les Verts pourraient conquérir des bastions londoniens comme Lewisham et que Reform UK séduit les anciens fiefs ouvriers des Midlands et du nord de l’Angleterre. À Merthyr Tydfil, dans la vallée galloise, Farage a tenu un meeting sous des airs de révolution, dénonçant une « invasion » migratoire. De l’autre côté de la frontière, à Peterborough, le désenchantement est palpable : « Les travaillistes sont des bâtards », lâche une habitante de 64 ans, symptôme d’une colère qui profite aux extrêmes.
En Europe continentale, cette fragmentation n’étonne pas. Les commentateurs italiens et espagnols voient dans ce scrutin la confirmation d’une tendance lourde : la montée des nationalismes, du Rassemblement national en France à l’AfD en Allemagne, en passant par Frères d’Italie. Au Royaume-Uni, la question antisémite a également émergé dans la campagne, les partis s’accusant mutuellement de banaliser la haine après une série d’incidents. Si les résultats confirment les prévisions, Keir Starmer pourrait faire face à une lettre ouverte de députés exigeant son départ, ouvrant la voie à une succession — peut-être celle d’Andy Burnham, encensé par la numéro deux du parti, Lucy Powell.
À l’issue de ce scrutin, le paysage politique britannique s’annonce plus fragmenté que jamais. Entre le reflux du Labour, l’effondrement conservateur et la poussée des Verts et de Reform, le prochain Premier ministre — qu’il s’agisse de Starmer ou d’un successeur — devra composer avec un Parlement hétéroclite, où les alliances de circonstance pourraient devenir la norme. Le Royaume-Uni, déjà secoué par le Brexit et les tensions indépendantistes, entre dans une ère d’incertitude politique durable.
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