
De l'âge d'or de la lecture à la mélancolie des libraires : le déclin du livre à Bagdad
À Bagdad, le déclin du marché du livre dans le célèbre rue Al-Mutanabbi illustre la transformation culturelle et économique de l'Irak, où l'Internet et l'instabilité ont érodé une tradition séculaire.
Dans le quartier historique de Bagdad, le célèbre rue Al-Mutanabbi, autrefois épicentre de la vie intellectuelle irakienne, témoigne aujourd'hui d'une mélancolie profonde. Les libraires, comme Hussein Ali, qui vendait jadis plus de cinquante ouvrages par jour, peinent désormais à en écouler cinq. Ce déclin, symptomatique d'une époque révolue, contraste avec l'âge d'or où un proverbe arabe consacrait la triade culturelle : « Le Caire écrit, Beyrouth imprime, Bagdad lit ». La capitale irakienne, fière de sa tradition lettrée, voit cette réputation s'effriter sous l'effet conjugué de la numérisation et de l'instabilité politique.
Au-delà de la simple évolution technologique, ce phénomène reflète une mutation sociétale plus large. L'essor d'Internet a bouleversé les habitudes de lecture, mais c'est surtout la précarité économique et la violence qui ont vidé les rues de leurs flâneurs. Le rue Al-Mutanabbi, nommé d'après le poète du Xe siècle, n'est plus le lieu de rencontre des érudits et des passionnés. Les kiosques, autrefois débordants d'ouvrages en arabe et en anglais, sont désormais clairsemés, et les clients se font rares. Les libraires, nostalgiques, évoquent une époque où la lecture était un pilier de l'identité irakienne.
Cette déchéance s'inscrit dans un contexte géopolitique plus vaste. L'Irak, marqué par des décennies de conflits et d'embargos, a vu son tissu culturel se déliter. Les intellectuels, autrefois nombreux à fréquenter ces lieux, ont souvent fui à l'étranger, tandis que la jeunesse, privée de perspectives, se tourne vers des divertissements numériques. La comparaison avec d'autres capitales arabes est frappante : Le Caire et Beyrouth, malgré leurs propres difficultés, maintiennent une production éditoriale plus dynamique, tandis que Bagdad peine à retrouver son lustre d'antan.
Pourtant, des lueurs d'espoir subsistent. Des initiatives locales tentent de raviver la flamme, organisant des festivals littéraires ou des rencontres d'auteurs. Mais le chemin est long pour restaurer une culture du livre qui fut l'une des plus riches du monde arabe. Le rue Al-Mutanabbi, symbole de cette résilience, continue d'accueillir quelques irréductibles, rappelant que la passion des mots ne s'éteint jamais tout à fait. L'avenir dira si Bagdad pourra, un jour, renouer avec sa vocation de capitale de la lecture.
| Presse arabe Levant-Maghreb | −0.50 | critical |
|---|---|---|
| Presse du Golfe arabe | −0.70 | critical |
| Presse atlantique / anglosphère | −0.50 | critical |
| Presse chinoise | 0.00 | neutral |
La rue des livres de Bagdad, autrefois phare de la vie intellectuelle de la ville, reflète aujourd'hui un déclin culturel qui s'étend de l'âge d'or abbasside à la négligence actuelle. Le récit du libraire qui vend désormais cinq livres par jour, contre cinquante il y a trente-cinq ans, montre comment l'ère numérique a éteint l'amour traditionnel de la lecture. On perçoit un regret ironique pour une géographie mentale désormais inaccessible.
La presse du Golfe déplore le gémissement de la rue al-Mutanabbi, regrettant la fin du rôle de Bagdad comme « ville qui lit » du monde arabe. Le vieux dicton « Le Caire écrit, Beyrouth imprime et Bagdad lit » n'est plus qu'un souvenir estompé. On ressent un sentiment palpable d'alarme et d'indignation face à cet effondrement culturel.
La presse atlantique orientée sécurité présente le déclin du marché du livre comme un symptôme de l’instabilité persistante en Irak depuis l’invasion de 2003. Malgré l’aide internationale, le patrimoine culturel continue de s’effriter, suscitant le scepticisme quant au succès de la reconstruction. Le ton est détaché mais préoccupé.
Les médias d’État chinois replacent l’histoire dans le contexte plus large de la transition numérique mondiale, notant que les librairies traditionnelles sont partout en difficulté. Ils soulignent que l’Irak a plus souffert que d’autres à cause des conflits, mais voient un potentiel de relance grâce au commerce électronique et aux programmes culturels soutenus par l’État. Le ton est pragmatique et tourné vers l’avenir.
Élargis ton regard
L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan scellent un pacte de défense collective à La Mecque
12 langues · 57 sources
Depuis Economy & MarketsProvisionnement en hausse : les banques émergentes entre expansion du crédit et dégradation des actifs
2 langues · 6 sources
Depuis TechnologyMoscou encadre les SMS d'authentification des SIM d'enfants, sans interdire les réseaux sociaux
2 langues · 13 sources