
De la Maison-Blanche à Zurich, le grand dérèglement des instances internationales
L’onde de choc est d’abord venue de Washington, où la purge éclair du National Science Board a sidéré la communauté scientifique mondiale. En limogeant d’un seul tenant les vingt-deux membres de cet organe consultatif indépendant qui pilote la National Science Foundation, le président Trump a envoyé un signal sans équivoque : la recherche fondamentale américaine ne sera plus protégée des vents politiques. Outre‑Atlantique, on dénonce une « éviscération complète du leadership scientifique des États‑Unis », au moment même où le poste de directeur de la NSF demeure vacant depuis plus d’un an. Des laboratoires californiens aux universités de la côte Est, la crainte est unanime : réduire l’investissement généraliste au profit d’un seul filon – l’intelligence artificielle – revient à abandonner des pans entiers de la recherche à la concurrence internationale, au premier rang de laquelle l’Europe et la Chine avancent déjà leurs pions.
Ce climat d’instrumentalisation politique n’épargne pas les arènes sportives. La Confédération norvégienne de football a officiellement demandé à la FIFA de supprimer son tout nouveau prix de la paix, décerné en décembre dernier à Donald Trump lors du tirage au sort de la Coupe du monde 2026, que les États‑Unis co‑organiseront avec le Canada et le Mexique. Pour Oslo, mêler l’instance du football à des prix de portée diplomatique affaiblit des institutions comme l’Institut Nobel, traditionnellement dépositaire de telles récompenses. L’initiative a d’autant plus de relief que le président américain, coutumier des auto‑célébrations sur la scène multilatérale, perçoit ce prix comme un lot de consolation à ses ambitions nobéliennes inassouvies.
Ce jeu de dupes se double d’âpres tractations financières. La FIFA prévoit d’augmenter sensiblement les primes pour les quarante‑huit nations qualifiées, avec une enveloppe record de 727 millions de dollars. L’Europe, par la voix de l’UEFA, insiste pour des revalorisations supplémentaires, invoquant le coût exorbitant des déplacements et des taxes en terre américaine. Les fédérations du Vieux Continent ne sont pas seules à s’inquiéter : de Rabat, la presse marocaine suit ces évolutions avec attention, le royaume chérifien ayant déposé une candidature conjointe pour 2030, pour laquelle la stabilité financière et prévisible des compétitions est un argument de poids.
En toile de fond, une manœuvre diplomatique insolite est venue rappeler que le football demeure un terrain de transactions géopolitiques. Selon des informations convergentes, l’émissaire spécial américain Paolo Zampoli aurait proposé à Gianni Infantino et à Donald Trump de remplacer l’Iran par l’Italie dans le tournoi nord‑américain, en guise de réparation après la détérioration des relations entre la Maison‑Blanche et la Première ministre Giorgia Meloni, consécutive aux attaques de Trump contre le pape Léon XIV durant la guerre d’Iran. Ce troc historico‑sportif, étayé par les quatre titres mondiaux de la Squadra Azzurra, révèle un mode de gouvernance où le coup de force se substitue au règlement et où les sélections nationales deviennent des pions sur l’échiquier diplomatique.
À l’approche du conseil de la FIFA prévu le 28 avril à Vancouver, ces tensions croisées dessinent les contours d’un désordre normatif plus large. Qu’il s’agisse de déboulonner les vigies scientifiques de la première puissance mondiale ou d’infléchir le cours d’une compétition planétaire par des nominations arbitraires et des chèques en hausse, la méthode Trump accélère une banalisation des intrusions politiques dans les sphères qui, jusqu’ici, revendiquaient une autonomie fondée sur l’expertise et le droit des peuples à disposer d’eux‑mêmes. La convergence des colères, des universités américaines aux stades européens en passant par les rédactions arabes, laisse présager des fractures durables dans la gouvernance des biens communs de l’humanité.
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