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dimanche 26 avril 2026

De Mexico à Téhéran, l’envolée du prix des aliments brise le dos des travailleurs

Un quart des salariés argentins ne s’alimente plus durant sa journée de travail. Au Mexique, le panier de base a bondi de 67 % en huit ans, exigeant des arbitrages quotidiens que l’on croyait réservés à des temps de crise aiguë. En Iran, la flambée du prix des denrées a dépassé 95 % en un an, reléguant le pays aux côtés du Soudan sur la carte des « alertes alimentaires » de la FAO. De Buenos Aires à Téhéran en passant par Mexico, l’inflation de première nécessité n’est plus un épisode passager mais une lame de fond qui redessine, dans la douleur et le silence, les contours du contrat social.

Au Mexique, la contradiction est devenue un art de vivre. Le salaire moyen des affiliés à la sécurité sociale a certes atteint un sommet historique – 663 pesos par jour en mars – mais la création d’emplois formels a enregistré son plus mauvais début d’année depuis deux décennies, hors crises sanitaires et financières. Les travailleurs gagnent donc davantage, pour un nombre de bénéficiaires de plus en plus restreint. Ceux qui restent à l’écart de l’emploi protégé basculent dans l’informalité ou le sous-emploi, tandis que le coût d’une alimentation digne a presque doublé depuis 2017. La récente réunion entre syndicats et patronat, destinée à bâtir une « feuille de route commune » pour le pouvoir d’achat, trahit l’inquiétude des élites face à une équation qui ne tient plus.

L’Argentine, elle, incarne un autre visage de la déroute : celui où l’estomac vide devient un indicateur social. Une étude de l’Observatoire de la dette sociale révèle que près d’un travailleur sur quatre ne fait aucun repas pendant ses heures de labeur et que 83,5 % de la population active réduit la quantité ou la qualité de ce qu’elle consomme pour des raisons strictement économiques. La géographie de cette faim n’a rien du hasard : la région du Nord-Est argentin concentre les plus fortes privations, tandis que les jeunes adultes, pourtant en pleine force productive, représentent les trois quarts de ceux qui cherchent un emploi supplémentaire parce que leur revenu principal ne suffit plus. La hausse mensuelle des tarifs publics, bien plus rapide que celle des salaires, achève d’étrangler les budgets.

La perspective iranienne porte cette logique à un paroxysme dramatique. La banque centrale a enregistré en avril un taux d’inflation en glissement annuel de 67 % – un record historique – tandis que le seul poste « alimentation » avait déjà bondi de 112 % en mars par rapport à l’année précédente. Manger dévore désormais 85 % du revenu minimal d’un ménage. Les autorités évoquent ouvertement la crainte d’un « tsunami de chômage » et promettent des allégements aux petites entreprises, mais le pays est à ce point exposé aux ruptures – conflits, événements tragiques, sanctions internationales – que chaque rémission semble aussitôt balayée par une nouvelle onde de choc.

Cette pression universelle sur les estomacs populaires révèle une vérité cruelle : la maîtrise des prix alimentaires est devenue, plus encore que l’emploi ou le salaire minimum, le thermomètre de la cohésion des sociétés. Des marchés du travail latino-américains, dualisés entre quelques élus protégés et une masse d’invisibles, à l’économie de guerre que subit la population iranienne, les politiques publiques oscillent entre palliatifs et déni. Sans une action concertée, qui cesse de traiter l’alimentation comme une variable d’ajustement, c’est la légitimité même des institutions qui se trouvera, à table, mise en examen.

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dimanche 26 avril 2026

De Mexico à Téhéran, l’envolée du prix des aliments brise le dos des travailleurs

Un quart des salariés argentins ne s’alimente plus durant sa journée de travail. Au Mexique, le panier de base a bondi de 67 % en huit ans, exigeant des arbitrages quotidiens que l’on croyait réservés à des temps de crise aiguë. En Iran, la flambée du prix des denrées a dépassé 95 % en un an, reléguant le pays aux côtés du Soudan sur la carte des « alertes alimentaires » de la FAO. De Buenos Aires à Téhéran en passant par Mexico, l’inflation de première nécessité n’est plus un épisode passager mais une lame de fond qui redessine, dans la douleur et le silence, les contours du contrat social.

Au Mexique, la contradiction est devenue un art de vivre. Le salaire moyen des affiliés à la sécurité sociale a certes atteint un sommet historique – 663 pesos par jour en mars – mais la création d’emplois formels a enregistré son plus mauvais début d’année depuis deux décennies, hors crises sanitaires et financières. Les travailleurs gagnent donc davantage, pour un nombre de bénéficiaires de plus en plus restreint. Ceux qui restent à l’écart de l’emploi protégé basculent dans l’informalité ou le sous-emploi, tandis que le coût d’une alimentation digne a presque doublé depuis 2017. La récente réunion entre syndicats et patronat, destinée à bâtir une « feuille de route commune » pour le pouvoir d’achat, trahit l’inquiétude des élites face à une équation qui ne tient plus.

L’Argentine, elle, incarne un autre visage de la déroute : celui où l’estomac vide devient un indicateur social. Une étude de l’Observatoire de la dette sociale révèle que près d’un travailleur sur quatre ne fait aucun repas pendant ses heures de labeur et que 83,5 % de la population active réduit la quantité ou la qualité de ce qu’elle consomme pour des raisons strictement économiques. La géographie de cette faim n’a rien du hasard : la région du Nord-Est argentin concentre les plus fortes privations, tandis que les jeunes adultes, pourtant en pleine force productive, représentent les trois quarts de ceux qui cherchent un emploi supplémentaire parce que leur revenu principal ne suffit plus. La hausse mensuelle des tarifs publics, bien plus rapide que celle des salaires, achève d’étrangler les budgets.

La perspective iranienne porte cette logique à un paroxysme dramatique. La banque centrale a enregistré en avril un taux d’inflation en glissement annuel de 67 % – un record historique – tandis que le seul poste « alimentation » avait déjà bondi de 112 % en mars par rapport à l’année précédente. Manger dévore désormais 85 % du revenu minimal d’un ménage. Les autorités évoquent ouvertement la crainte d’un « tsunami de chômage » et promettent des allégements aux petites entreprises, mais le pays est à ce point exposé aux ruptures – conflits, événements tragiques, sanctions internationales – que chaque rémission semble aussitôt balayée par une nouvelle onde de choc.

Cette pression universelle sur les estomacs populaires révèle une vérité cruelle : la maîtrise des prix alimentaires est devenue, plus encore que l’emploi ou le salaire minimum, le thermomètre de la cohésion des sociétés. Des marchés du travail latino-américains, dualisés entre quelques élus protégés et une masse d’invisibles, à l’économie de guerre que subit la population iranienne, les politiques publiques oscillent entre palliatifs et déni. Sans une action concertée, qui cesse de traiter l’alimentation comme une variable d’ajustement, c’est la légitimité même des institutions qui se trouvera, à table, mise en examen.

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