
Diésel à 28 pesos : le pari mexicain face à la flambée mondiale des carburants
Le gouvernement mexicain, sous la présidence de Claudia Sheinbaum, a obtenu des concessionnaires de stations-service un engagement à ne pas dépasser le prix de 28 pesos par litre de diesel, soit un gel temporaire qui met fin à des semaines de tensions. La réunion au Palais national, qui a réuni les ministères de l’Énergie et des Finances, Pemex, la Procuraduría Federal del Consumidor et la Garde nationale, a débouché sur un accord fragile : les marges des distributeurs, inférieures à deux pesos par litre, ne couvrent pas leurs coûts opérationnels, ce qui rend la mesure difficilement tenable à long terme. Le secrétariat aux Finances a confirmé des actions complémentaires, comme la réduction des commissions sur les paiements par carte et des ajustements de l’Impôt spécial sur la production et les services, afin d’alléger la pression sur les stations, mais le secteur reste sceptique quant à la viabilité de l’opération.
Cette décision mexicaine intervient dans un contexte global tendu. Aux États-Unis, la flambée du diesel, liée aux tensions entre Washington et Téhéran, frappe durement les camionneurs, en particulier en Californie, et contraint les flottes à revoir leurs routes et leurs tarifs. L’économie américaine du transport routier, premier maillon des chaînes d’approvisionnement, subit un choc dont les répercussions se font sentir jusqu’en Amérique latine. Le Mexique, fortement dépendant des importations de carburant, tente ainsi de protéger son tissu économique en plafonnant le prix du diesel, carburant vital pour le transport de marchandises et l’agriculture. Mais la viabilité de cette politique est mise en doute : les marges des distributeurs sont si faibles que certains pourraient renoncer à vendre du diesel, créant des pénuries locales. En Europe, où les prix des carburants restent élevés sous l’effet des sanctions et de la volatilité des marchés, cette interventionnisme mexicain est observé avec intérêt, notamment en Belgique et au Canada francophone, où les gouvernements peinent à concilier impératifs économiques et transition énergétique.
La prochaine réunion, prévue dans une semaine, sera décisive. D’ici là, le gouvernement devra convaincre les gasolineros que des mesures structurelles — comme une baisse du prix de gros chez Pemex ou une réforme fiscale — pourront compenser des pertes inévitables. L’enjeu dépasse le simple prix à la pompe : il s’agit de la crédibilité de l’interventionnisme économique de Sheinbaum face à un marché mondial volatil, et de la capacité du Mexique à éviter une contagion sociale du mécontentement des transporteurs, à l’image de ce qui se profile déjà au nord du Rio Grande.
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