
Dubai : des dividendes records après la vente d’un terrain, signe d’une économie de rente immobilière
La place financière de Dubaï vient de connaître une double année record en matière de distribution de dividendes, mais les deux opérations racontent des réalités bien distinctes. Amlak Finance, pionnier du crédit immobilier dans l’émirat, a obtenu l’aval de ses actionnaires pour verser 735 millions de dirhams (200 millions de dollars) au titre de l’exercice 2025, soit 49 fils par action. Ce montant, équivalent à 49 % du capital, est présenté comme un jalon historique par la société. Il repose cependant sur un événement exceptionnel : la cession, en juillet 2025, de sa réserve foncière de Ras Al Khor, qui a généré un produit de 2,9 milliards de dirhams et une plus-value de 2,14 milliards. Sans cette opération, le bénéfice net d’Amlak n’aurait guère dépassé les 12 millions de dirhams enregistrés en 2024, contre 1,47 milliard affiché cette année. La renaissance spectaculaire du promoteur illustre la dépendance du modèle économique dubaiote à l’égard des cycles immobiliers et des ventes d’actifs stratégiques.
Dans le même temps, BHM Capital, institution financière active sur les marchés de capitaux, a choisi une voie plus prudente. Lors de son assemblée générale du 20 avril 2026, elle a approuvé une distribution totale de 20 % du capital, dont 5 % en numéraire et 15 % en actions gratuites. Ce dosage vise à récompenser les actionnaires tout en renforçant les fonds propres pour financer la croissance future, un équilibre que les analystes européens saluent comme plus durable. En toile de fond, Dubaï confirme son rôle de hub régional pour les investisseurs internationaux, mais les places francophones — de Casablanca à Bruxelles en passant par Montréal — observent attentivement la volatilité sous-jacente. La Bourse de Dubaï attire désormais des capitaux en quête de rendement, mais ces derniers peuvent aussi fuir aussi vite qu’ils arrivent.
Pour les investisseurs africains francophones, souvent exposés aux cycles des matières premières, le cas Amlak offre une leçon ambiguë. D’un côté, la capacité à monétiser un actif foncier à des prix mirifiques témoigne de la spéculation immobilière qui irrigue l’économie émiratie. De l’autre, elle souligne le risque de concentration des bénéfices sur des opérations uniques, loin d’une croissance organique. Les régulateurs de l’Autorité des services financiers de Dubaï pourraient être tentés d’encourager des distributions plus régulières, à l’image du modèle adopté par BHM Capital. Alors que la région du Golfe multiplie les mégaprojets — de Dubaï à Ryad —, la question de la soutenabilité des dividendes exceptionnels reste ouverte. La prochaine assemblée générale d’Amlak, dans un an, dira si le groupe a su reconstituer un portefeuille d’actifs générateurs de revenus récurrents, ou si le glamour de la rente foncière n’était qu’un feu de paille.
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