
En Russie, la guerre hybride s’immisce jusque dans les jeux vidéo pour enfants
Le 22 avril, les services de sécurité russes ont annoncé avoir déjoué une tentative de recrutement d’un adolescent de douze ans par le renseignement militaire ukrainien, via le jeu en ligne Standoff 2. L’enfant, ayant acheté des « cheats » pour ce jeu, s’est vu menacer sur Telegram par un interlocuteur se réclamant des forces ukrainiennes, qui exigeait de l’argent « pour son silence ». Ce cas, loin d’être isolé, s’inscrit dans une escalade des opérations d’influence et de déstabilisation menées depuis Kiev, auxquelles Moscou répond par une criminalisation accrue de toute forme de contact avec l’ennemi.
Quelques jours plus tôt, un jeune homme de vingt-cinq ans originaire du territoire de Krasnodar était interpellé alors qu’il tentait de rejoindre une unité paramilitaire ukrainienne classée comme terroriste en Russie. Ces deux affaires, rapportées par les médias russes, illustrent la porosité des frontières numériques et la vulnérabilité des mineurs dans un conflit qui se joue aussi sur le terrain informationnel. Pour les autorités russes, la menace vient de l’étranger, mais aussi de l’intérieur : la propagande en ligne, les jeux vidéo et les messageries cryptées deviennent des vecteurs privilégiés de recrutement.
En Europe, et notamment dans les pays francophones comme la Belgique ou le Canada, des dispositifs de prévention existent déjà pour protéger les jeunes des tentatives de radicalisation en ligne, mais la spécificité ukrainienne pose une question inédite : celle de l’instrumentalisation d’un conflit interétatique dans des espaces ludiques jusque-là apolitiques. L’Afrique francophone, où les jeux mobiles sont très populaires, pourrait elle aussi devenir un terrain d’expérimentation pour ce type de manipulation, dans un contexte de guerre hybride globalisée. À mesure que la guerre en Ukraine s’enlise, ces micro-opérations, visant des cibles civiles et notamment des enfants, risquent de se multiplier, brouillant un peu plus la frontière entre guerre et paix, réel et virtuel.
La réponse des États, qu’ils soient russes, européens ou africains, devra conjuguer sécurité numérique, éducation aux médias et coopération internationale, sous peine de voir les jeux vidéo devenir les nouvelles tranchées d’un conflit sans fin.
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