
Entre guerre et piscine : Trump veut repeindre en bleu le bassin du Lincoln Memorial
Alors que les frappes américaines en Iran entrent dans leur huitième semaine, le président Trump a trouvé le temps, jeudi, de détailler devant un parterre de responsables et de dirigeants pharmaceutiques un projet pour le moins surprenant : refaire le fond du célèbre bassin du Lincoln Memorial, à Washington, et le teindre en bleu « drapeau américain ». L’annonce, faite sur un ton décousu qui a duré une dizaine de minutes et qui évoquait son « gars de la piscine » habituel, contraste violemment avec la gravité des opérations militaires en cours. L’épisode illustre une nouvelle fois la propension du locataire de la Maison-Blanche à mêler les dossiers les plus futiles aux enjeux géopolitiques majeurs, au risque d’ébranler la crédibilité de la présidence.
Le bassin, construit dans les années 1920 et entièrement rénové en 2012 grâce à un financement fédéral de 34 millions de dollars issu du plan de relance Obama, avait déjà bénéficié d’entretiens réguliers par le National Park Service. M. Trump promet désormais de le recouvrir d’un matériau de dernière génération — un « filament » qui imiterait le revêtement d’une piscine privée — afin d’en changer la couleur. La symbolique est lourde : ce lieu de recueillement, où Martin Luther King prononça son discours « I Have a Dream », serait transformé en un élément décoratif tape-à-l’œil, au mépris de son histoire. De nombreux commentateurs, tant aux États-Unis qu’en Europe, y voient la marque d’un président obsédé par l’esthétique commerciale et incapable de hiérarchiser ses priorités.
Du côté européen, l’affaire est perçue comme un nouveau signe de l’imprévisibilité de l’exécutif américain, alors que les capitales du Vieux Continent tentent de maintenir une pression diplomatique sur Téhéran sans s’aliéner Washington. En Afrique francophone, où les monuments coloniaux font l’objet de débats sur leur légitimité, l’initiative suscite une certaine perplexité : comment justifier une dépense somptuaire pour un effet purement esthétique pendant que des vies sont sacrifiées au Moyen-Orient ? Au Canada, des voix s’élèvent pour rappeler que le Lincoln Memorial est un symbole d’unité nationale, non un terrain de jeu pour un promoteur immobilier.
Au-delà de l’anecdote, ce projet pose la question du respect des institutions culturelles dans une administration qui privilégie l’image immédiate à la conservation patrimoniale. Si la rénovation devait aboutir — les détails budgétaires restent flous —, elle marquerait un précédent inquiétant pour l’intégrité des espaces mémoriels américains. Et pendant que le président s’égare dans les couleurs de sa « piscine nationale », la guerre en Iran poursuit son escalade, sans que l’on sache si le locataire du Bureau ovale mesure encore la portée de ses actes.
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