
Eurovision 2026 : cinq pays boycottent, la Slovénie remplace le concours par des films sur la Palestine
La décision de la télévision publique slovène RTV Slovenia de ne pas diffuser le 70e Concours Eurovision de la chanson et de lui substituer, en prime time, une série de documentaires et de fictions intitulée « Voix de Palestine » marque un tournant dans la crise qui frappe l’événement. Programmé le 12 mai à Vienne, ce millésime anniversaire devait célébrer l’idéal d’unité par la musique hérité de l’après-guerre. Il est désormais le théâtre d’une fracture politique sans précédent, la plus grave depuis l’élargissement du concours en 2004.
La Slovénie n’est pas la première à franchir le pas. L’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas et l’Islande avaient déjà annoncé leur retrait après que l’Union européenne de radio-télévision (UER) a rejeté, en novembre 2025, leur demande d’exclure Israël de la compétition. Les télévisions publiques espagnole et irlandaise ont également refusé de retransmettre le spectacle, une première pour Madrid depuis ses débuts en 1961. Seuls les diffuseurs néerlandais et islandais maintiendront une couverture télévisée, malgré leur boycott en tant que participants.
Au cœur de la polémique, l’accusation de « deux poids, deux mesures » formulée par plus d’un millier d’artistes et d’intellectuels. L’UER avait exclu la Russie dès 2022 après l’invasion de l’Ukraine, mais maintient Israël dans la compétition malgré la guerre à Gaza. Ce double standard nourrit une défiance qui dépasse le simple cadre musical et interroge la mission fondatrice du concours : rassembler les peuples par-delà les clivages politiques.
Du côté des pays francophones, la portée symbolique de ce boycott est amplifiée. La Belgique, dont la RTBF et la VRT participent historiquement à l’Eurovision, observe avec attention les réactions en Afrique francophone, où certaines télévisions publiques pourraient être tentées de suivre l’exemple slovène. Au Canada, Radio-Canada, membre associé de l’UER, n’est pas directement concernée, mais le débat éthique sur la complaisance envers Israël résonne dans les rédactions de Montréal comme de Bruxelles.
Alors que la Slovénie transforme la case horaire du concours en tribune pour la cause palestinienne, l’UER se trouve acculée. Pour préserver sa crédibilité et l’avenir même de l’Eurovision, il lui faudra soit revoir ses critères de participation, soit accepter une fragmentation croissante de son public et de ses membres. L’édition 2026, voulue comme un jubilé, pourrait bien devenir le tombeau de l’innocence politique d’un concours qui, soixante-dix ans après sa création, n’a jamais semblé aussi éloigné de son idéal de paix.
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