
Flambée alimentaire et précarité laborieuse : l’étau se resserre du Mexique à l’Iran
En Iran, l’alimentation est devenue un luxe mortifère. Selon les données de la Banque centrale, l’indice des prix à la consommation enregistrait en avril une hausse de 95,7 % sur un an, et la seule composante alimentaire grimpait de 9 % en un mois, après avoir déjà bondi de 112 % un an plus tôt. Les produits de première nécessité mobilisent désormais 85 % du revenu minimum d’un ménage, une asphyxie qui a conduit l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à placer le pays, aux côtés du Soudan et du Soudan du Sud, en « état d’alerte » face à la flambée des prix alimentaires. Le seuil symbolique d’une inflation globale à 67 %, plus haut jamais atteint dans les séries officielles, traduit une érosion plus large du pouvoir d’achat que la seule peur de la faim : les prix des soins de santé et des communications explosent, réduisant à néant les stratégies de survie des classes populaires.
Au Mexique, où le coût du panier alimentaire a bondi de 67 % en huit ans, la mécanique est comparable mais emprunte des voies distinctes. D’un côté, le salaire moyen des travailleurs formels a augmenté de 7,1 % en un an, atteignant un record de près de 20 000 pesos mensuels ; de l’autre, les portes de l’emploi stable se referment. La création de postes enregistrée depuis janvier est la plus faible depuis 2005, hors pandémie, ce qui pousse une grande partie de la population active vers l’informalité et le sous-emploi. Une table ronde inédite entre syndicats et patronat, tenue lors du premier Encuentro Nacional de Empleadores y Sindicatos, tente de rompre ce paradoxe en promettant un dialogue permanent pour relever le pouvoir d’achat. Mais dans l’immédiat, faire à manger relève du calcul : avec 1 500 pesos, un ménage achète deux fois moins qu’il y a huit ans, et la hausse du carburant renchérit chaque maillon de la chaîne logistique.
L’Argentine, elle, illustre la fragilisation silencieuse des couches moyennes. Les enquêtes de conjoncture confirment que les familles ne parviennent plus à boucler la fin de mois, qu’il s’agisse des pauvres qui « n’y arrivent pas du tout » ou des ménages à revenus intermédiaires contraints de renoncer à des habitudes entières de consommation. Les ajustements tarifaires mensuels, appliqués à un rythme très supérieur à la progression des revenus, aggravent une fracture sociale qui n’épargne pas les femmes, premières exposées aux emplois précaires et aux écarts de rémunération. L’évolution de la microéconomie argentine montre que le prix du pain et du transport grignote la cohésion d’un pays déjà éprouvé par une inflation chronique.
Ces trois foyers de détresse alimentaire et salariale font écho à une anxiété plus diffuse en Europe et en Afrique francophone. Sur le Vieux Continent, l’inflation globale a certes reflué, mais le cumul des hausses de prix depuis 2021 continue de rogner le budget des ménages modestes, ravivant un débat sur les mécanismes d’indexation salariale. Au Canada et en Belgique, les associations de consommateurs soulignent que les produits frais et les loyers restent les principaux postes d’étranglement. En Afrique de l’Ouest et centrale, où la dépendance aux importations de céréales est forte, la volatilité des cours internationaux et les coûts de fret se traduisent par des flambées ponctuelles du riz et du maïs, qui touchent de plein fouet des populations urbaines sans filet social.
L’horizon immédiat est celui d’un étau qui se resserre. Au Mexique, le dialogue patronat-syndicats pourrait aboutir à des mécanismes de revalorisation conditionnés à la productivité, mais rien ne garantit que l’emploi informel résorbe sa gangue. En Iran, le décrochage du marché du travail est patent : le taux de chômage baisse moins par création de postes que par abandon de la recherche d’emploi, un symptôme classique de découragement. La perspective d’un or à 20 ou 40 millions de tomans le gramme, évoquée par la presse économique, achève d’ancrer la défiance dans une économie sous sanctions. Enfin, la présence de plusieurs pays dans la catégorie d’alerte de la FAO rappelle que la crise alimentaire n’est pas un épisode cyclique, mais le symptôme d’une architecture commerciale et monétaire où les plus vulnérables paient, au prix fort, le moindre choc global.
Élargis ton regard
Trump annonce des négociations avec l'Iran, Téhéran dément et le pétrole chute
4 langues · 89 sources
Depuis Economy & MarketsLa vague électrique transforme les ventes automobiles de juillet 2026
3 langues · 11 sources
Depuis TechnologyWashington exclut les modèles d’IA ouverts, y compris chinois, de son nouveau cadre de sécurité
3 langues · 11 sources