
Honda abandonne son projet de 15 milliards en Ontario : l'industrie automobile canadienne sous le choc
Le constructeur japonais renonce à son usine de véhicules électriques, fragilisant davantage un secteur déjà affecté par les tarifs américains et la faible demande.
Le Canada vient d’encaisser un coup dur pour ses ambitions industrielles. Selon des informations du quotidien économique Nikkei, Honda aurait définitivement abandonné son projet d’implantation d’un complexe de véhicules électriques à Alliston, en Ontario, un investissement de 15 milliards de dollars canadiens. Le Premier ministre Mark Carney a reconnu les « défis » auxquels fait face le secteur automobile, en pleine guerre tarifaire avec les États-Unis. L’usine, qui devait produire jusqu’à 240 000 véhicules électriques par an dès 2028, avait déjà été suspendue en mai 2025 pour deux ans. Mais la faiblesse persistante de la demande nord-américaine, conjuguée aux droits de douane américains, a convaincu le constructeur nippon de recentrer sa stratégie sur les hybrides, déjà fabriqués sur le même site.
Au Canada, cet abandon s’ajoute à une série de signaux alarmants. Le pays est en voie de rater toutes ses cibles climatiques, comme le confirment les projections d’Environnement Canada et de l’Institut climatique. L’objectif provisoire pour 2026 est déjà hors d’atteinte, et sans mesures bien plus ambitieuses, celui de 2030 le sera aussi. Or, la transition vers l’électromobilité est l’un des piliers de la stratégie fédérale de décarbonation. Dans le même temps, une note du C.D. Howe Institute avertit que la forte baisse de l’immigration et des travailleurs temporaires, décidée par Ottawa, faussera les indicateurs économiques – emploi, croissance – risquant d’induire des décisions politiques contre-productives.
Pendant que le Canada vacille, le marché automobile russe, lui, affiche une dynamique inverse. En avril dernier, les ventes de voitures particulières ont bondi de 16,2 % sur un an, selon les données du ministère de l’Industrie et du Commerce. Signe supplémentaire de la résilience du secteur malgré les sanctions, la marque Toyota, pourtant officiellement retirée du pays depuis 2022, a vu ses ventes presque doubler au premier trimestre 2026 grâce à des importations parallèles en provenance de Chine. Le constructeur japonais occupe désormais la septième place du marché russe, avec le RAV4 en tête des ventes. Ce paradoxe illustre la fragmentation de l’économie automobile mondiale : alors que l’Amérique du Nord s’enlise dans l’incertitude réglementaire et tarifaire, d’autres régions – y compris des marchés sous sanctions – s’adaptent et progressent.
La ministre canadienne de l’Industrie, Mélanie Joly, assure être « en contact régulier » avec Honda, mais son bureau reconnaît que les droits de douane américains et les changements de politique intérieure aux États-Unis « créent des pressions réelles » sur les constructeurs. L’avenir de la filière électrique canadienne dépendra désormais de la capacité d’Ottawa à négocier un accord commercial favorable avec Washington, tout en maintenant des incitations à la production locale. Mais la fragmentation des chaînes d’approvisionnement, la volatilité des marchés et l’urgence climatique forment un puzzle dont aucune pièce ne semble encore s’emboîter.
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