
Implication de Rocha Moya : l'étau américain se resserre sur Sheinbaum entre pression commerciale et crise interne
L’inculpation par la justice américaine de Rubén Rocha Moya, gouverneur de Sinaloa, pour ses présumés liens avec le Cartel de Sinaloa marque un tournant dans les relations bilatérales. Jamais des accusations aussi directes n’avaient visé un dirigeant en exercice au Mexique. La décision de Rocha Moya de quitter son poste pour se soumettre aux enquêtes mexicaines – son intérim étant assuré par Yeraldine Bonilla Valverde – n’a pas suffi à dissiper le malaise.
Ce scandale éclate dans un contexte où l’administration Trump multiplie les menaces d’intervention militaire et utilise le renouvellement de l’AEUMC comme levier de négociation, ainsi que l’a rappelé Roberta Jacobson, ancienne ambassadrice des États-Unis. Du côté mexicain, la présidente Claudia Sheinbaum est placée devant un dilemme historique, selon plusieurs analystes nord-américains : lutter contre la corruption au sein de son propre mouvement Morena ou préserver l’unité politique de son parti. Les accusations ne sont pas nouvelles : dès septembre 2024, des narcovolants lancés depuis des avions dans plusieurs villes sinaloennes dénonçaient déjà Rocha Moya et le sénateur Enrique Inzunza comme complices des Chapitos.
L’héritage d’Andrés Manuel López Obrador pèse lourd dans cette affaire. La libération controversée d’Ovidio Guzmán lors du « Culiacanazo » de 2019 avait déjà révélé des interactions troublantes entre l’État mexicain et le cartel. José Ramón López Beltrán, fils de l’ancien président, a répliqué en défendant la souveraineté nationale, tandis que la sénatrice Andrea Chávez a dénoncé un deux poids deux mesures, citant l’absence d’exigence similaire contre la gouverneure de Chihuahua, Maru Campos.
Sur la scène internationale, les capitales européennes et Ottawa suivent de près ce dossier, y voyant un test pour l’État de droit mexicain et un enjeu commercial dans le cadre de la renégociation de l’AEUMC. La pression de Washington semble calibrée pour affaiblir Sheinbaum avant les échéances clés. À moins d’une démonstration ferme d’autonomie judiciaire – notamment via l’enquête de la FGR – la présidente mexicaine risque de voir sa marge de manœuvre se réduire, tant sur le plan intérieur que face à un partenaire nord-américain de plus en plus menaçant.
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