
Interception de la flottille pour Gaza : deux militants conduits en Israël, l’Europe dénonce une violation du droit maritime
L’interception par la marine israélienne de la flottille humanitaire Global Sumud, jeudi dernier au large de la Crète, a pris une tournure diplomatique décisive lorsque Tel Aviv a annoncé le maintien en détention de deux de ses organisateurs, le Hispano-Palestinien Saif Abukeshek et le Brésilien Thiago Ávila, transférés vers un centre d’interrogatoire à Ashkelon. Tandis que cent soixante-treize autres activistes ont été relâchés sur l’île grecque, ces deux figures de proue de la mission – Abukeshek résidant en Espagne depuis vingt ans et disposant également d’un passeport suédois – sont soupçonnées par Israël de liens avec le Hamas via une association caritative classée comme terroriste par Washington. Pour les capitales européennes, l’affaire dépasse le simple incident naval : elle soulève la question de la souveraineté et de la légalité d’une opération menée en eaux internationales, à plus de neuf cents kilomètres des côtes israéliennes.
Madrid n’a pas tardé à réagir. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a qualifié l’arrestation d’« illégale » et hors de toute juridiction israélienne, exigeant la libération immédiate d’Abukeshek. Rome, de son côté, a vu un pool d’avocats déposer un exposé auprès du parquet de la capitale italienne pour séquestration de personne aggravée, les deux militants ayant été extraits d’un bateau battant pavillon italien – l’Eros 1 – avant d’être transférés sur un navire militaire de l’État hébreu. La même équipe juridique a saisi la Cour européenne des droits de l’homme, invoquant des traitements inhumains subis à bord, avec trente-deux blessés nécessitant des soins hospitaliers, dont trois Australiens. La Grèce, bien que territoire de débarquement des activistes relâchés, n’a pas empêché le cortège de bus les transportant d’être ralenti par une manifestation spontanée de soutien.
De son côté, la diplomatie israélienne a balayé les critiques en qualifiant la flottille d’« opération de relations publiques », justifiant le maintien des deux hommes par la nécessité d’un interrogatoire. Les organisateurs de la Global Sumud Flotilla, loin de plier, ont annoncé une reprise imminente de leur mission depuis la Crète, recrutant de nouveaux volontaires en Europe et dénonçant une « piraterie d’État ». Cette escalade intervient dans un climat régional déjà tendu : à Téhéran, un commandement militaire a évoqué la probabilité d’une nouvelle guerre avec les États-Unis, tandis que les démocraties européennes peinent à faire prévaloir le droit de la mer face à un blocus contesté. L’issue de l’affaire Abukeshek et Ávila pourrait ainsi devenir un test pour la crédibilité des institutions judiciaires internationales et la capacité de l’Union européenne à protéger ses ressortissants en Méditerranée orientale.
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