
Irak : le gouvernement introuvable d’Ali al-Zaidi face au duel Washington-Téhéran
L’appel téléphonique adressé jeudi par Donald Trump à Ali al-Zaidi a constitué bien plus qu’un échange protocolaire. En félicitant le nouveau Premier ministre désigné irakien et en l’invitant à Washington une fois son gouvernement formé, le président américain a signifié l’importance que la Maison-Blanche accorde à cette transition. La déclaration de M.
Trump évoquant un « nouveau chapitre extraordinaire » entre les deux nations prend un relief particulier au moment où son autorisation parlementaire de conduire des opérations militaires contre l’Iran expire, le 1er mai. Depuis Téhéran, les commentateurs n’ont pas manqué de souligner cette coïncidence de calendrier, y voyant une manœuvre de séduction stratégique dans un Irak que les deux puissances continuent de se disputer. Dès sa nomination lundi par le président Nizar Amedi au nom du Cadre de coordination chiite, Ali al-Zaidi s’est pourtant heurté à une réalité intérieure bien moins flatteuse.
Selon des sources politiques de Bagdad, l’ex-homme d’affaires, réputé pour son profil modéré, a été saisi par l’ampleur des exigences partisanes. Loin de l’image d’un consensus fluide, les grandes formations chiites se livrent une bataille sans merci autour des ministères régaliens. À tel point que certains proches du Premier ministre désigné confient qu’il envisagerait de jeter l’éponge, estomaqué par la voracité des factions et la difficulté à composer un gouvernement équilibré. « Il a compris que la formation de la coalition avait été un jeu d’enfant comparé à la répartition des portefeuilles », résument les milieux diplomatiques de la capitale irakienne.
Cette paralysie potentielle trouve un écho inquiet à Téhéran. Des sources proches des gardiens de l’orthodoxie politique chiite rapportent que l’Iran suit la situation avec une colère mêlée d’appréhension. Pour la République islamique, l’Irak incarne un maillon indispensable de l’« axe de la résistance » ; l’idée d’un Premier ministre échappant à ses réseaux d’influence directs provoque un malaise certain.
Les analyses économiques parues en persan décrivent un Zaidi soucieux de préserver des liens avec Washington tout en ménageant son allié oriental, un équilibrisme qui pourrait s’avérer intenable. En Europe, et en particulier à Paris et à Bruxelles, on observe cette séquence avec une inquiétude rétrospective. Les chancelleries francophones redoutent un scénario comparable aux précédents blocages institutionnels, qui viendrait affaiblir l’État irakien face à une éventuelle résurgence de l’extrémisme violent sur fond de tensions régionales.
Au Canada francophone, les cercles de recherche en relations internationales rappellent que la stabilité irakienne conditionne directement les flux migratoires et les marchés pétroliers, avec des répercussions jusqu’en Afrique de l’Ouest francophone où Dakar et Abidjan pèsent à présent les conséquences économiques d’un Moyen-Orient durablement inflammable. Pendant ce temps, une guerre informationnelle de basse intensité vient parasiter la nomination. De nombreux comptes arabophones ont fait circuler l’affirmation selon laquelle M.
Zaidi aurait annulé les salaires des détenus de Rafha pour alléger le budget de l’État. La rumeur, démentie point par point, relève de la pure affabulation : le Premier ministre désigné ne possède aucune prérogative pour décréter une telle mesure. Cet épisode illustre la fragilité du débat public irakien et la manière dont les ingérences régionales empruntent désormais le canal des réseaux sociaux.
L’avenir de M. Zaidi s’écrit donc en pointillés. S’il parvient à soumettre un cabinet au Parlement, il inaugurera peut-être une phase de relative autonomie pour Bagdad, sous le double regard de Washington et de Téhéran.
S’il échoue, l’Irak renouera avec l’interminable vacance qui nourrit, depuis vingt ans, le scepticisme d’une communauté internationale lasse des promesses non tenues.
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