
Iran, énergie, famine : le triple désordre qui fracture l’ordre mondial
La guerre en Iran, déclenchée par l’opération américaine « Epic Fury », constitue aujourd’hui le choc le plus déstabilisateur depuis la pandémie. Elle provoque la plus grande perturbation jamais enregistrée des approvisionnements pétroliers et gaziers, tout en aggravant une crise alimentaire mondiale déjà à son paroxysme. Les regards européens, notamment ceux de Zurich et de Vienne, soulignent que ce conflit s’inscrit dans une séquence inédite de trois chocs majeurs en moins de cinq ans — le rebond inflationniste post-Covid, l’invasion de l’Ukraine, et désormais l’embrasement du Golfe. Chacun alimente le suivant, et l’instabilité devient la nouvelle norme. Pour les analystes de Berlin et de Paris, l’impunité des grandes puissances, combinée à l’érosion des mécanismes multilatéraux de régulation, agit comme un accélérateur de guerres. Dans ce nouveau désordre, le plus cynique l’emporte, et aucun contre-poids ne semble capable d’enrayer la spirale.
Du côté des places financières et des think tanks londoniens, on observe une fragmentation accélérée des marchés énergétiques. La transition bas-carbone, censée réduire la dépendance aux hydrocarbures, se heurte à la réalité d’un monde où chaque crise pousse les États à stocker et à sécuriser leurs sources d’approvisionnement, souvent au détriment des plus vulnérables. Les chocs énergétiques successifs — 2021, 2022, 2025 — ne sont plus des exceptions ; ils deviennent la trame de fond d’une économie mondiale sous tension. Cette fragmentation a un coût humain direct, comme le rappellent les rapports issus de Rome et des agences onusiennes : la faim aiguë a doublé en une décennie, avec 266 millions de personnes en insécurité alimentaire sévère dans 47 pays. Pour la première fois, deux famines ont été officiellement déclarées en une seule année — à Gaza et au Soudan — tandis que la guerre en Iran menace d’étendre le spectre de la famine à l’Afghanistan, à Haïti et à plusieurs pays du Sahel.
La perspective francophone, qu’elle vienne d’Ottawa, de Bruxelles ou de Dakar, insiste sur l’effet domino de ces crises. Le conflit iranien, en faisant flamber les prix des céréales et des engrais, ébranle des États déjà fragilisés par la sécheresse et la réduction de l’aide humanitaire. La Banque mondiale et le FMI, réunis à Washington, ont reconnu que les risques dominent désormais les perspectives économiques, mais leurs outils traditionnels semblent impuissants face à une crise multidimensionnelle. L’avenir immédiat se dessine sous le signe d’une insécurité chronique : l’énergie, l’alimentation et la paix sont devenues les faces d’un même défi systémique. Pour les diplomates genevois et les experts de la francophonie, seule une coordination internationale inédite — mêlant cessez-le-feu, réduction des dépendances et investissements massifs dans les filières agricoles locales — pourrait enrayer une dégradation qui n’épargnera ni le Nord ni le Sud.
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