
En Israël, l’union des oppositions contre Netanyahou ravive l’hypothèque d’un blocage politique
L’initiative a eu l’effet d’une secousse tellurique sur l’échiquier politique israélien, si l’on en croit la presse de Tel-Aviv. En annonçant, dimanche soir, la fusion de leurs formations respectives — Yesh Atid et Bennett 2026 — en une seule liste nommée « BeYachad » (Ensemble), les anciens premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont matérialisé le scénario le plus redouté par le Likoud. Depuis un hôtel d’Herzliya, les deux hommes ont affiché une unité retrouvée, promettant d’ouvrir une « ère nouvelle » et de refermer la parenthèse de trente années de domination quasi ininterrompue de Benyamin Netanyahou. Placé sous la houlette de Bennett, ce bloc identifié par les observateurs comme un attelage du centre à la droite nationale se donne pour mission explicite de remporter les élections législatives d’octobre et d’installer une commission d’enquête sur les défaillances du 7 octobre 2023, dès les premières heures de son mandat.
Cette recomposition a été scrutée bien au-delà des frontières de l’État hébreu, chaque zone géographique y allant de son décryptage. Depuis les rédactions européennes, à l’image de la Neue Zürcher Zeitung en Suisse alémanique ou de l’Open en Italie, on souligne que cette alliance ressuscite l’esprit de la « coalition du changement » de 2021, qui avait brièvement relégué Netanyahou dans l’opposition avant d’imploser sous le poids de ses contradictions internes. Si l’on perçoit à Zurich comme à Rome la portée symbolique d’un front commun, l’analyse tempère l’enthousiasme en rappelant que la viabilité d’une majorité alternative reste suspendue à l’équation arithmétique fragmentée du scrutin proportionnel israélien. Les médias francophones, et notamment Radio-Canada, insistent sur l’instabilité chronique de ce type d’édifice, rappelant que le défi pour Bennett et Lapid ne sera pas seulement de rassembler le camp anti-Netanyahou, mais de convaincre un électorat lassé par les renversements d'alliances.
La résonance de cette union est tout aussi sensible dans les capitales arabes et en Iran, où l’on suit les péripéties de la politique intérieure israélienne à travers un prisme géostratégique. Dans les colonnes du quotidien libanais An-Nahar, la nouvelle est accueillie avec un certain scepticisme quant à un éventuel changement de paradigme. L’analyse, qui cite des universitaires spécialistes de la scène israélienne, juge « prématuré » de parler d’une chute imminente de Netanyahou. Plus révélateur encore, la presse économique iranienne, comme Donya-e Eqtesad, qualifie ce rapprochement de « choc lourd » pour le Premier ministre sortant, non pas en raison d’un infléchissement idéologique, mais parce qu’il menace mécaniquement la survie électorale d’un Likoud en perte de vitesse dans les sondages. Les commentateurs arabes convergent sur un point mis en exergue par Sky News Arabia : sur les dossiers régaliens — l’Iran, le Hezbollah libanais ou le Hamas à Gaza — la doctrine sécuritaire du tandem Bennett-Lapid ne diffère guère de l’intransigeance martiale du gouvernement actuel. C’est bien davantage la perspective d’une alternance domestique, sans rupture stratégique majeure, qui anime les dépêches.
Toutefois, l’horizon électoral demeure obstrué par une inconnue de taille : le positionnement de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot et de son parti Yashar. De larges pans de la presse israélienne, dont le Times of Israel, insistent sur le refus poli mais ferme de l’ex-militaire de se fondre dans le nouveau parti « Ensemble » — une fin de non-recevoir qui empêche, pour l’heure, le bloc d’opposition d’atteindre le seuil fatidique des 61 sièges nécessaires pour gouverner. Les enquêtes d’opinion relayées par le site Walla le confirment sans ambages : sans l’appoint des voix arabes ou le renfort du centre laïc incarné par Eisenkot, la coalition anti-Netanyahou culmine à 59 sièges, insuffisant pour déloger un Premier ministre certes affaibli par ses démêlés judiciaires, mais virtuose dans l’art de coaliser les droites. Au moment où les projecteurs se braquent sur Herzliya, la scène politique israélienne se prépare moins à une victoire décisive qu’à une nouvelle valse-hésitation parlementaire, où le destin du pays pourrait, une fois encore, se jouer sur la décision d’un seul homme ou d’un micro-parti charnière.
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