
Pyongyang cimente son alliance de guerre avec Moscou en inaugurant un mémorial aux soldats tombés en Ukraine
En plein cœur de Pyongyang, un mémorial flambant neuf a été dévoilé ce week-end sous les acclamations et le passage de chasseurs à réaction, consacrant la place qu’occupent désormais les troupes nord-coréennes dans le conflit ukrainien. Kim Jong-un, aux côtés du ministre russe de la Défense Andreï Belooussov et du président de la Douma Viatcheslav Volodine, y a réaffirmé avec force le soutien de son pays à la « guerre sacrée » menée par la Russie, érigeant les soldats tombés en héros d’un combat commun contre ce que Pyongyang qualifie de résurgence du fascisme. Cette cérémonie, à laquelle Vladimir Poutine a fait lire un message de gratitude pour la construction rapide du site, illustre l’accélération vertigineuse de la coopération militaire entre deux puissances nucléaires mises au ban des institutions internationales.
L’édification de ce complexe muséal et mémoriel, où reposent des combattants nord-coréens et russes, officialise un engagement que ni Moscou ni Pyongyang n’avaient jusqu’ici pleinement reconnu. Les services de renseignement sud-coréens estiment qu’au moins 15 000 soldats nord-coréens ont été déployés principalement dans la région de Koursk, avec environ 2 000 morts, bien que le chiffre réel pourrait atteindre 6 000 selon d’autres évaluations. La péninsule coréenne observe avec une inquiétude non dissimulée ce transfert inédit de forces, qui permet à la Russie de pallier ses besoins en effectifs tout en offrant à Pyongyang une expérience de combat précieuse et un accès probable à des technologies de missiles et de satellites.
Si l’axe Pyongyang-Moscou se donne à voir comme un « rempart puissant » contre l’Occident, les lectures de cette démonstration de force varient sensiblement selon les latitudes. Depuis l’Asie orientale, on souligne que le régime de Kim Jong-un instrumentalise la guerre en Ukraine pour briser son isolement diplomatique et obtenir, en retour de ses troupes et de ses obus, des livraisons russes de pétrole, de nourriture et d’aide monétaire. Les capitales européennes, et notamment Paris et Bruxelles, perçoivent dans cette collusion un risque majeur pour la sécurité du continent : la validation par un État membre permanent du Conseil de sécurité d’une prolifération de fait en Corée, couplée à une rhétorique ouvertement anti-hégémonique, élargit dangereusement le théâtre des tensions. Au Proche-Orient comme dans les chancelleries africaines francophones attentives aux recompositions des alliances, on y voit une confirmation que le Sud global se fragmente entre non-alignement de façade et adhésion à des blocs révisionnistes.
Cette choregraphie mémorielle survient alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky accuse Moscou de « terrorisme nucléaire » à l’occasion du quarantième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, prévenant que la poursuite de l’invasion fait planer le spectre d’un désastre radiologique comparable. Dans le même temps, Donald Trump évoque de « bonnes conversations » avec Poutine et Zelensky, esquissant une fenêtre diplomatique que les événements de Pyongyang semblent précisément vouloir refermer. En effet, en instituant une mémoire officielle commune et en décorant de l’ordre du Courage des militaires nord-coréens, la Russie et la Corée du Nord gravent leur alliance dans le bronze, rendant bien hypothétique un retour en arrière.
À terme, ce partenariat structurel pourrait redéfinir les équilibres stratégiques en Europe comme en Asie du Nord-Est. Si la Russie confirme son offre de signer un nouveau plan quinquennal de coopération militaire avec Pyongyang, l’imbrication opérationnelle des deux armées atteindra un seuil irréversible, avec pour corollaire une diffusion accélérée de savoir-faire balistique. Les voisins de la péninsule, le Japon en tête, mais aussi l’Australie et les États-Unis, anticipent déjà une intensification des provocations dans la région. Pour les Européens, cette « guerre sacrée » sanctifiée par un mémorial est le présage d’une conflictualité durable où la dissuasion et la solidarité transatlantique se trouvent plus que jamais défiées par des alliances de l’ombre.
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