
Italie : deux affaires révèlent les fragilités de la justice face à la science
La confirmation, par le centre antipoison de Pavie, que Sara Di Vita et sa mère Antonella Di Ielsi sont mortes d’une « grave intoxication à la ricine » relance l’enquête sur ce drame survenu à Pietracatella, dans le Molise. Les analyses toxicologiques, désormais définitives, établissent un lien direct entre la toxine et le décès des deux femmes, survenu à quelques heures d’intervalle après Noël. Le père et époux, Gianni Di Vita, a quant à lui été testé négatif à la ricine, même si la procureure de Larino évoque une possible dégradation de la substance dans son organisme au moment des prélèvements. Dans le même temps, les enquêteurs ont acquis le téléphone portable d’Alice Di Vita, la fille survivante, afin d’y rechercher d’éventuelles communications liées à la ricine – sans qu’elle soit pour l’heure mise en cause. Cette affaire, suivie avec attention par les médias italiens, soulève des questions sur la chaîne de preuves toxicologiques, un domaine où les experts européens, notamment belges et français, rappellent la difficulté d’établir des certitudes absolues en l’absence de traces directes.
À des centaines de kilomètres de là, à Bologne, une autre histoire de justice fragilisée prend un tournant. Andrea Rossi, un ancien comptable de 64 ans, condamné pour meurtre et incarcéré depuis dix-huit ans, va voir son procès rejugé. Il a toujours clamé son innocence dans la mort de Vitalina Balani. Sa seule rencontre avec sa sixième fille, née après son incarcération, s’est déroulée dans une salle de sécurité, grâce à la compassion des agents de garde. L’avocat de Rossi a obtenu cette révision après des années de combats procéduraux. Le visage creusé par l’épreuve, Rossi refuse toute remise de peine partielle : il exige de sortir innocent. Ce cas, qui rappelle d’autres erreurs judiciaires retentissantes en Europe – au Canada, la Commission des erreurs judiciaires examine régulièrement des affaires similaires – met en lumière les lenteurs et les rigidités du système pénal italien.
Ces deux dossiers, bien que distincts, illustrent la même tension entre la quête de vérité judiciaire et les limites des expertises scientifiques. Dans le Molise, la ricine, une toxine rare et complexe à détecter, complique l’établissement des responsabilités. À Bologne, c’est la fiabilité des témoignages et des preuves circonstancielles qui est remise en cause après près de deux décennies. Pour les observateurs francophones, notamment en Belgique et en Afrique, ces affaires italiennes offrent des parallèles avec des procès très médiatisés où la science a été tantôt décisive, tantôt source de controverses. L’issue du nouveau procès de Rossi sera scrutée par les défenseurs des droits humains, tandis que l’enquête sur la ricine devra établir si l’intoxication était accidentelle ou criminelle – une question qui pourrait encore rebattre les cartes des certitudes judiciaires.
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