
L'accord UE-Mercosur entre en vigueur à titre provisoire, entre espoirs et controverses
L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur est entré en vigueur ce vendredi, à titre provisoire, après plus d'un quart de siècle de négociations. Bruxelles, appuyé par Berlin et Madrid, espère ainsi créer un espace commercial de 700 millions de consommateurs et atténuer le choc des droits de douane imposés par Washington, tout en réduisant la dépendance européenne à la Chine pour les minéraux critiques. Dès les premières heures de l'application, les droits de douane sur les automobiles, les produits pharmaceutiques et les vins exportés vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay ont été supprimés ou considérablement réduits, selon la Commission européenne.
Du côté sud-américain, l'Argentine a d'ores et déjà réglé le partage des contingents tarifaires pour la viande bovine et d'autres produits agroalimentaires, afin d'offrir une visibilité aux exportateurs. Le Brésil, principal bénéficiaire potentiel, mise sur un accès facilité au marché européen pour compenser les barrières croissantes aux États-Unis. Pourtant, les économistes restent prudents : les gains escomptés, même s'ils pourraient doper les exportations de certains secteurs de plus de 10 % d'ici 2038, ne suffiront pas à combler le vide laissé par le repli protectionniste américain.
L'opposition francaise, relayée par les agriculteurs et les écologistes, reste virulente. Paris dénonce l'arrivée massive de bœuf et de sucre à bas prix, qui menacerait les filières locales, tandis que les ONG redoutent une accélération de la déforestation en Amazonie. La Belgique et certains États membres partagent ces réserves, mais la procédure choisie par Ursula von der Leyen – une mise en œuvre provisoire sans vote du Parlement européen – réduit leur marge de manœuvre. La Cour de justice de l'UE devra désormais se prononcer sur la conformité de l'accord, ce qui pourrait en suspendre l'application définitive.
Dans un monde fracturé par les guerres commerciales, ce partenariat transatlantique represente un pari géopolitique autant qu'économique. Pour les pays d'Afrique et du Canada, qui observent avec attention ce précédent, l'enjeu dépasse le seul libre-échange : il s'agit de savoir si l'Union européenne parviendra à concilier ambitions commerciales et exigences climatiques. L'avenir dira si ce compromis, fragile et contesté, préfigure une nouvelle architecture des échanges ou s'il reste un symbole sans lendemain.
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