
La Banque africaine de développement chiffre l’impact d’un « super » El Niño à 20 milliards de dollars
Selon le directeur climat de l’institution, les pays les plus touchés pourraient perdre 1 à 2 % de leur PIB, tandis que les besoins de financement pour l’adaptation doubleraient cette année.
Un « super » El Niño, dont les prévisionnistes redoutent qu’il devienne l’un des plus intenses jamais enregistrés, pourrait infliger aux économies africaines les plus exposées une perte combinée de 10 à 20 milliards de dollars, a averti le directeur du changement climatique et de la croissance verte de la Banque africaine de développement (BAD), Anthony Nyong. S’exprimant dans un entretien repris par plusieurs médias, le responsable a précisé que l’événement réduirait le produit intérieur brut des pays lourdement affectés de 1 à 2 % en moyenne, une estimation présentée comme la première émanant d’une banque multilatérale de développement au sujet d’El Niño.
Au-delà de la sécurité alimentaire et hydrique, la BAD redoute une dégradation des finances publiques et du secteur bancaire, les dégâts aux infrastructures risquant d’entraver la capacité de remboursement d’États déjà endettés. M. Nyong a décrit un « piège du financement climatique » dans lequel les gouvernements, contraints de puiser dans les budgets de la santé, de l’éducation ou des infrastructures pour faire face aux urgences, voient leur développement reculer. L’institution a identifié le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Mali, le Burundi et le Nigeria parmi les pays susceptibles de subir les contrecoups les plus sévères.
L’épisode El Niño de 2023-2024, rappelle la BAD, avait provoqué une sécheresse marquée en Afrique australe et des pluies diluviennes en Afrique de l’Est, entraînant des pertes de récoltes, une flambée des prix alimentaires et des hausses record du niveau de la mer. Pour l’année en cours, les agriculteurs africains font déjà face à près de 330 millions de dollars de revenus perdus, tandis que le secteur de la pêche est menacé par le réchauffement des océans et la multiplication des tempêtes. Le prix du maïs, denrée de base dans plusieurs des pays concernés, pourrait doubler, alimentant des migrations massives, selon M. Nyong.
Face à ces perspectives, la BAD prévoit de tenir en septembre un séminaire interne pour évaluer l’impact sur ses investissements et se dit prête à restructurer des projets afin d’aider les États à absorber les chocs. L’institution entend mobiliser des financements additionnels auprès du Fonds vert pour le climat, du Fonds d’adaptation, des Fonds d’investissement climatiques et des nouveaux mécanismes de pertes et dommages. Alors que les besoins annuels d’adaptation de l’Afrique étaient déjà estimés à environ 50 milliards de dollars pour les douze prochains mois, M. Nyong juge que la force attendue d’El Niño ajoute entre 30 et 50 milliards de dollars à cette enveloppe, portant le total à près de 100 milliards de dollars pour l’année en cours.
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