
La flambée du kérosène bouleverse le transport aérien mondial, de l’Europe à l’Amérique du Nord
La guerre américano-israélienne contre l’Iran, déclenchée fin février, provoque une onde de choc sans précédent dans l’industrie aérienne. Lufthansa, premier groupe européen, a annoncé l’annulation de 20 000 vols sur six mois, principalement des liaisons court-courriers opérées par sa filiale CityLine, afin d’économiser 40 000 tonnes de carburant. Le prix du kérosène, qui a doublé pour atteindre 150 à 200 dollars le baril, représente désormais jusqu’à un quart des charges opérationnelles des compagnies, rendant nombre de vols non rentables. Cette décision, qui réduit d’un pour cent la capacité estivale du groupe, illustre la fragilité d’un secteur aux marges infimes, où le moindre choc pétrolier se répercute en cascade.
Au-delà de l’Allemagne, la crise frappe durement l’Europe et l’Amérique du Nord. Air France-KLM et Delta Air Lines ont temporairement réduit leurs fréquences, tandis que United Airlines envisage une hausse de 20 % de ses tarifs. Aux États-Unis, le président de Chevron prévient que les prix du transport aérien vont encore s’aggraver dans les semaines à venir, alors que le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, reste un point de blocage stratégique. Les assureurs maritimes ont relevé leurs primes, les cargaisons sont réduites, et la spéculation aggrave la volatilité. Au Canada, Air Transat a suspendu 6 % de ses liaisons vers l’Europe et les Caraïbes, prolongeant l’interruption des dessertes vers Cuba jusqu’en octobre, invoquant une « crise sans précédent du carburant aviation ».
Du côté iranien, la crise est lue comme le fruit d’une escalade régionale délibérée. Téhéran a mené des frappes de représailles contre des pays du Golfe, perturbant davantage le trafic pétrolier. Pour les analystes, la flambée du kérosène n’est pas un simple accident conjoncturel : elle révèle la dépendance structurelle de l’aviation au pétrole bon marché, dans un contexte où les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les sanctions occidentales contre l’Iran rendent tout approvisionnement précaire. Les experts conseillent aux voyageurs de réserver sans attendre pour l’été, car les prix ne baisseront pas tant que le détroit d’Ormuz restera sous tension et que les raffineries européennes et asiatiques peineront à s’approvisionner. La saison estivale, traditionnellement faste pour le transport aérien, s’annonce ainsi marquée par des files d’attente plus longues, des billets plus chers et des annulations massives, tandis que les compagnies cherchent à répercuter la charge sur les passagers. L’horizon, à court terme, demeure bouché : sans désescalade militaire majeure, le ciel européen, nord-américain et même africain (via les liaisons avec l’Europe) restera secoué par des turbulences économiques d’une ampleur inédite depuis la crise pétrolière de 1973.
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