
Le Diable s’habille en Prada 2 : raz-de-marée au box-office, tempête sur le doublage
Le sequel pulvérise les records avec 233 millions de dollars en une semaine, mais le doublage italien suscite une polémique inédite sur le vieillissement des voix.
Le Diable s’habille en Prada 2 a réalisé un démarrage fulgurant, engrangeant 233 millions de dollars dans le monde lors de son premier week-end d’exploitation – dont 77 millions en Amérique du Nord et 156 millions sur les marchés internationaux. Ce score, qui dépasse largement celui du film original de 2006, confirme l’attrait intact d’une franchise devenue phénomène culturel, portée par le retour de Meryl Streep et Anne Hathaway. Pourtant, en Italie, où le film a déjà attiré 1,7 million de spectateurs et rapporté plus de 14 millions d’euros, un malaise couve. Les amateurs du doublage italien – une tradition reconnue mondialement depuis les années 1930 – dénoncent un travail bâclé : voix changées, lèvres désynchronisées, perte de la saveur originale. Dans les salles, les spectateurs s’interrogent à voix haute, et les réseaux sociaux s’enflamment. Derrière la polémique affleure une question plus large : comment vieillissent les voix des comédiens de doublage quand les actrices à l’écran, elles, semblent défier le temps par la magie du cinéma ?
Outre-Rhin, le regard est tout autre. Le commentaire de la rédaction de Bild salue un « upgrade pour le cœur », une œuvre plus mûre, plus profonde que son prédécesseur. Là où le premier film opposait brutalement Miranda Priestly à Andrea Sachs, le second installe une « forme discrète d’amitié », faite de silences et de regards. La mode n’est plus le prétexte central : il s’agit de respect, d’évolution, de réconciliation générationnelle. Cette lecture, qui fait écho à une certaine sensibilité germanique pour les récits de maturité, tranche avec la crispation italienne sur la forme. Plus largement, le succès mondial du film – y compris au Moyen-Orient, où An-Nahar souligne « le retour du cinéma de mode » – révèle un appétit pour des histoires qui assument le passage du temps, sans chercher à rajeunir artificiellement leurs icônes.
Dans l’espace francophone, la réception sera à suivre de près. En France, en Belgique et au Québec, où l’art du doublage est également sacralisé, la polémique italienne pourrait trouver un écho. Les studios francophones, confrontés aux mêmes défis techniques et artistiques – voix qui se fatiguent, acteurs qui changent – observent avec attention ce débat. Le film, en attendant, poursuit sa course en tête du box-office, prouvant que le public est prêt à pardonner beaucoup à une histoire qui ose vieillir avec ses personnages. Mais la question lancinante demeure : jusqu’où l’industrie acceptera-t-elle que l’enveloppe sonore, tout aussi cruciale que l’image, vieillisse avec le temps ?
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