
Le biopic « Michael » : une hagiographie contestée qui divise entre culte et controverse
La sortie mondiale du biopic « Michael », réalisé par Antoine Fuqua et porté par le neveu de la star, Jaafar Jackson, intervient après des années de reports et de reshoots coûteux financés par la succession du chanteur. Le film s’arrête en 1988, au sommet du « Bad World Tour », et évite soigneusement toute allusion aux accusations de pédophilie qui ont assombri les deux dernières décennies de la vie de l’artiste. Cette ellipse n’est pas un hasard : en Europe, la presse espagnole dénonce un « exercice indécent de pelotage posthume » et une mise en scène angélique qui frôle l’hagiographie, tandis que les critiques italiens relèvent que la partition musicale triomphe malgré une narration tronquée, mais que le montage final a été taillé sur mesure pour ne pas heurter les ayants droit.
Dans le monde arabe, les médias soulignent que le film dresse un portrait sanctifié du « roi de la pop », occultant les zones d’ombre au profit d’un héritage culturel lissé, même si à Gary, dans l’Indiana, la communauté locale célèbre ce retour aux sources familiales. La perspective indienne, portée par l’acteur Anupam Kher, oppose quant à elle la « pureté » de l’artiste à un public jugé trop enclin à préférer le « poison » des polémiques. Aux États-Unis, les observateurs constatent que la succession a dépensé des millions pour « sanitizer » le récit, et que la foule berlinoise a accueilli le film avec ferveur – sans évoquer les ombres.
Mais ce silence programmé nourrit déjà un contre-discours : le directeur des studios Lionsgate a ouvertement évoqué la possibilité d’une suite qui aborderait les accusations d’abus sexuels, signalant que la narration officielle pourrait un jour céder la place à une exploration plus authentique. Ainsi, « Michael » cristallise les tensions entre l’industrie du divertissement, la mémoire collective et les impératifs commerciaux, laissant en suspens la question centrale de savoir si l’on peut séparer l’œuvre de l’homme sans trahir l’histoire.
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