
One Nation en ascension : entre récit victimaire et conseils de Gina Rinehart
En Australie, la chef de file de One Nation, Pauline Hanson, émeut avec ses révélations sur la prison et les violences conjugales, tandis que son parti capitalise sur le désenchantement économique, s’attirant les conseils de la milliardaire Gina Rinehart.
L’émotion était palpable lors de la récente allocution de Pauline Hanson à Perth, où la sénatrice et fondatrice de One Nation a évoqué en larmes ses onze semaines de prison en 2003, une peine finalement annulée, et a révélé avoir été victime de violences conjugales. Ce récit personnel, livré devant un parterre de sympathisants et d’électeurs indécis, survient alors que sa formation politique connaît une poussée dans les sondages, au point d’inquiéter le gouvernement travailliste. Le ministre des Finances, Jim Chalmers, a jugé que les Australiens faisaient face à un « choix binaire », attribuant cette percée au sentiment croissant de déclassement économique et à l’accélération des mutations sociales.
Hanson n’a toutefois pas hésité à raviver les polémiques, accusant l’ancien Premier ministre du Queensland Peter Beattie d’avoir orchestré une « chasse aux sorcières » en modifiant la loi électorale avant son procès. Beattie a fermement rejeté ces allégations, rappelant que la réforme visait à combattre la corruption interne au Parti travailliste, à la suite d’un scandale retentissant. Par ailleurs, la dirigeante a reconnu consulter régulièrement la milliardaire Gina Rinehart sur les orientations politiques de One Nation, se félicitant d’une amitié scellée par le don d’un avion d’une valeur d’un million de dollars. Cette proximité avec la première fortune du pays illustre la porosité entre certains courants populistes et les intérêts économiques les plus puissants.
L’affirmation de One Nation s’appuie aussi sur une machine de financement redoutable. La formation a revendiqué avoir récolté près de 1,5 million de dollars en une journée grâce à une campagne de publicité agressive, sur fond de course aux dons électroniques. Ce dynamisme contraste avec le malaise qui traverse des pans entiers de l’électorat, tiraillé entre la loyauté aux partis traditionnels et la tentation du vote protestataire. Comme l’a souligné Jim Chalmers, cette dynamique est nourrie par un sentiment d’insécurité économique qui rappelle les ressorts du Brexit au Royaume-Uni.
Les parallèles avec l’Angleterre du référendum de 2016 sont éclairants. À l’époque, Nigel Farage avait paradé sur la Tamise à la tête d’une flottille de pêcheurs, promettant monts et merveilles aux communautés maritimes. Aujourd’hui, les pêcheurs de Cornouailles se disent « trahis », victimes selon eux d’une souveraineté retrouvée qui a surtout profité aux gros armateurs. Ce souvenir devrait inciter les électeurs australiens à la prudence : les solutions simplistes aux défis de la mondialisation débouchent rarement sur les lendemains promis. Alors que l’Australie-Occidentale s’apprête à renouveler son parlement en 2029, la poussée de One Nation préfigure d’âpres batailles dans les fiefs travaillistes, et pourrait recomposer un paysage politique déjà fragmenté.
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