
OpenAI enfreint les lois canadiennes sur la vie privée, tandis que l’IA médicale inquiète
L’enquête menée par quatre commissaires canadiens conclut à des violations massives dans l’entraînement de ChatGPT, sans sanction. Aux États-Unis, l’AMA alerte sur la désinformation.
Au terme d’une enquête conjointe menée par le commissaire fédéral à la vie privée du Canada et ses homologues du Québec, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, OpenAI s’est vu reprocher d’avoir collecté et utilisé sans consentement des données personnelles pour entraîner son robot conversationnel ChatGPT. Les autorités canadiennes ont notamment relevé une captation excessive de renseignements sensibles — conditions médicales, opinions politiques, informations relatives à des mineurs —, en violation des lois fédérales et provinciales. Pourtant, aucune sanction n’a été prononcée : les commissaires estiment que l’entreprise a « conditionnellement résolu » les préocccupations, une issue qui laisse sceptique une partie de la classe politique et de la société civile, en particulier au Québec où la protection des données fait l’objet d’une attention législative accrue depuis l’adoption de la loi 25.
Cette décision canadienne intervient dans un contexte nord-américain où les risques liés à l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé suscitent une inquiétude grandissante. Aux États-Unis, l’American Medical Association (AMA) a adressé une série de lettres au Congrès pour exiger un encadrement législatif urgent. L’organisation dénonce la prolifération de deepfakes médicaux — vidéos truquées de professionnels de santé donnant des conseils dangereux — et de chatbots diffusant des informations frauduleuses. « Le public ne devrait pas avoir à devenir détective pour savoir s’il s’agit d’un deepfake », résume John Whyte, médecin-chef de l’AMA. Parallèlement, des outils comme Doctronic, autorisé dans l’Utah à renouveler des ordonnances de manière autonome via une IA, illustrent une course à l’innovation qui contourne les garde-fous traditionnels. Une équipe de l’université de Göteborg, en Suède, a même réussi à faire publier dans la revue Nature deux articles frauduleux décrivant une maladie fictive, la « bixoni », démontrant la porosité du système scientifique face aux données générées par l’IA.
Ces révélations posent la question de la régulation à l’échelle internationale. Si le Canada a choisi une approche non punitive, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer des mécanismes contraignants. En Europe, le règlement général sur la protection des données (RGPD) offre déjà un cadre plus strict, qui pourrait inspirer les législateurs canadiens et québécois. La Belgique et la France, où les autorités de protection des données se montrent particulièrement actives, suivent de près ces évolutions. Dans les pays francophones d’Afrique, où l’accès aux soins est souvent limité, l’IA médicale suscite à la fois espoirs — pour pallier le manque de médecins — et craintes d’une dépendance technologique sans contrôle éthique. L’avenir de l’intelligence artificielle dans la santé et la protection des données personnelles se jouera sans doute dans l’équilibre entre innovation et responsabilité, un défi que ni les commissaires canadiens ni les médecins américains ne peuvent relever seuls.
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