
Ottawa muscle son État fédéral : le Québec en alerte, les aéroports en question
La mise à jour économique du gouvernement Carney, dévoilée mardi, marque un tournant dans la fédération canadienne. Sous couvert de discipline budgétaire – le déficit est ramené de 78 à 67 milliards de dollars –, Ottawa confirme une centralisation accrue des pouvoirs, notamment dans la formation de la main-d’œuvre. Ce nouveau programme de six milliards de dollars, destiné à former cent mille travailleurs spécialisés, empiète sur une compétence que Québec considère comme exclusive.
Le ministre québécois du Travail, Jean Boulet, a dénoncé un « champ de compétence exclusif du Québec » et craint des doublons. Cette friction, loin d’être anecdotique, illustre la volonté du gouvernement Carney de redéfinir l’intérêt national selon ses propres critères, au risque d’irriter les provinces. Mais la tension ne se limite pas aux relations fédérales-provinciales.
Le Canada doit aussi composer avec les menaces venues du sud : le président américain a évoqué l’annexion du Canada en septembre dernier, un signe que certains analystes canadiens refusent de réduire à une simple parenthèse. Pourtant, le discours officiel à Ottawa continue de miser sur une normalisation après 2029, au risque de négliger l’urgence d’une stratégie de souveraineté économique. Dans ce contexte, le gouvernement Carney cherche à renforcer ses institutions.
La création d’une Agence des crimes financiers, dotée de 352 millions de dollars sur cinq ans, contraste avec l’affaiblissement des autorités américaines. Parallèlement, Ottawa envisage de privatiser certains aéroports pour financer la croissance à long terme, une piste qui reste en discussion avec les autorités aéroportuaires. Ce virage vers une gestion plus libérale des actifs publics n’est pas sans rappeler les débats européens : le canton de Zurich, par exemple, vient de resserrer sa stratégie de propriétaire pour le Flughafen Zürich, exigeant moins de vols de nuit et une réduction des émissions.
La comparaison illustre une tendance mondiale, mais au Canada, la question est d’autant plus sensible que le réseau aéroportuaire est un levier de développement régional. Au-delà des annonces, l’énoncé économique laisse des angles morts. Le Canada Strong Fund, présenté comme un vecteur de transformation, sera financé par l’emprunt, alors que la dette publique demeure l’une des plus lourdes de l’histoire.
Les critiques, tant à Québec qu’à Toronto, y voient un effet d’optique : Ottawa promet un avenir plus robuste sans s’attaquer aux causes profondes de la faiblesse de la productivité, notamment une régulation excessive qui freine l’investissement. L’horizon se brouille : entre un fédéral qui muscle son rôle, des provinces qui défendent leurs prérogatives et un voisin américain de plus en plus imprévisible, le Canada de Carney cherche une voie qui ne sacrifie ni la cohésion interne ni la crédibilité budgétaire. Les prochains mois diront si cette marche forcée vers un État plus fort portera ses fruits ou si elle exacerbera les fractures.
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