
Kidal tombe, Moscou trébuche : le revers russe au Mali ébranle son aura africaine
Le week-end du 25 avril 2026 restera comme un tournant dans la guerre au Sahel. Pour la première fois depuis l’arrivée de la junte au pouvoir à Bamako, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une offensive coordonnée d’ampleur inédite, visant plusieurs villes, dont la capitale. Symbole de cette déroute, la chute de Kidal, bastion historique des Touareg, a contraint les paramilitaires russes de l’Africa Corps à une retraite humiliante, négociée sous la médiation d’Alger pour sauver la vie de quelques centaines d’hommes encerclés. Ce camouflet militaire sonne comme une remise en cause brutale de la stratégie de Moscou, qui avait fait du Mali la vitrine de son retour en Afrique de l’Ouest après l’éviction des forces françaises et onusiennes.
Du côté européen, la défection russe est observée avec une attention froide. Paris, qui avait été chassé du Mali en 2022, voit dans cet effondrement la confirmation que le Kremlin ne peut garantir la sécurité de ses alliés quand les combats s’intensifient. Bruxelles redoute une contagion régionale, tandis que la Belgique, encore marquée par son passé colonial, suit de près l’évolution des alliances dans une région où les groupes armés se recomposent. Pour les chancelleries africaines, le signal est tout aussi inquiétant : l’Algérie, qui a servi d’intermédiaire, cherche à préserver son influence au nord du Mali, mais l’unité tactique entre djihadistes et séparatistes laïcs créé un précédent dangereux. Au Canada, le quotidien Le Devoir souligne que les rebelles du FLA exigent désormais le retrait de tous les mercenaires russes, accentuant la pression sur un Kremlin déjà affaibli par ses revers en Syrie et au Venezuela.
Ce revers met en lumière les limites de la puissance russe sur le continent. Malgré une communication triomphaliste – le président Assimi Goïta s’est empressé de recevoir l’ambassadeur russe après l’attaque qui a coûté la vie à son ministre de la Défense, Sadio Camara –, la réalité est celle d’une incapacité à projeter des forces suffisantes pour tenir le terrain face à des adversaires déterminés. L’Africa Corps, successeur discret de Wagner, peine à compenser le vide laissé par le départ des Occidentaux. La fiabilité de Moscou comme garant de sécurité est désormais ouvertement questionnée, non seulement au Sahel, mais aussi dans d’autres régions où des régimes alliés – du Venezuela à la République centrafricaine – observent cette déconfiture. Alors que la junte malienne se retrouve seule face à une coalition hétéroclite mais efficace, l’avenir de la région se jouera peut-être ailleurs : dans une reprise du dialogue avec Alger, dans un retour prudent des diplomaties européennes, ou dans l’émergence de nouveaux médiateurs régionaux. Une chose est sûre : l’image d’un partenaire russe infaillible s’est brisée dans les sables de Kidal.
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