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Économie & Marchésjeudi 23 avril 2026

Pétrole russe : Washington cède aux suppliques des pays vulnérables et prolonge la dérogation

Le Trésor américain a cédé, non sans calcul, aux pressions venues du Sud global. Le 18 avril, Scott Bessent, secrétaire au Trésor, a annoncé le renouvellement pour trente jours de l’autorisation d’acheter du pétrole russe chargé avant le 17 avril, une décision motivée par les appels d’une dizaine de nations parmi les plus démunies et les plus dépendantes des hydrocarbures. Ces pays, pour la plupart situés en Afrique et en Asie du Sud, ont plaidé leur incapacité à se passer des barils russes dans un contexte où le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial, demeure sous tension. Le geste américain, officialisé par la licence générale 134B, remplace une précédente dérogation expirée le 11 avril et illustre un dilemme croissant entre la rigueur des sanctions et la stabilité énergétique des alliés fragiles.

L’argument avancé par M. Bessent lors d’une audition au Sénat révèle toute la complexité de l’équation : la fermeture virtuelle d’Ormuz, conséquence des affrontements entre Israël et l’Iran, a provoqué une flambée des prix et des ruptures d’approvisionnement qui frappent d’abord les économies les moins résilientes. De New Delhi à Nairobi, ces capitales redoutent une dislocation sociale si Moscou venait à être privé de ses débouchés pétroliers. En agissant ainsi, Washington reconnaît implicitement que ses propres restrictions secondaires nuisent à des partenaires qu’elle cherche par ailleurs à ménager, tandis que la Russie continue d’écouler sa production via des flottes parallèles.

Du côté européen, la décision américaine n’est pas sans susciter des remous. Bruxelles, qui peaufine un seizième paquet de sanctions, voit dans cette dérogation un précédent dangereux : comment justifier des restrictions plus sévères quand le principal architecte du régime répressif assouplit ses propres règles ? Les pays francophones d’Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui importent une part significative de leur carburant via des intermédiaires, observent ce signal avec prudence, espérant que la licence sera reconduite au-delà du 16 mai. Au Canada, producteur majeur mais incapable de desservir les marchés les plus éloignés, on s’interroge sur la crédibilité d’une politique occidentale qui multiplie les exceptions.

Au-delà de l’urgence, cette décision pose une question de fond : les sanctions contre Moscou peuvent-elles survivre à une crise énergétique mondiale ? La prolongation accordée sous la pression du Sud pourrait préfigurer un assouplissement durable, chaque nouveau délai rendant plus difficile un retour en arrière. Pour les chancelleries francophones, de Bruxelles à Libreville, l’enjeu est désormais de savoir si l’édifice des restrictions résistera à la coalition des pays vulnérables, ou s’il s’effritera face aux réalités du marché.

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jeudi 23 avril 2026

Pétrole russe : Washington cède aux suppliques des pays vulnérables et prolonge la dérogation

Le Trésor américain a cédé, non sans calcul, aux pressions venues du Sud global. Le 18 avril, Scott Bessent, secrétaire au Trésor, a annoncé le renouvellement pour trente jours de l’autorisation d’acheter du pétrole russe chargé avant le 17 avril, une décision motivée par les appels d’une dizaine de nations parmi les plus démunies et les plus dépendantes des hydrocarbures. Ces pays, pour la plupart situés en Afrique et en Asie du Sud, ont plaidé leur incapacité à se passer des barils russes dans un contexte où le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial, demeure sous tension. Le geste américain, officialisé par la licence générale 134B, remplace une précédente dérogation expirée le 11 avril et illustre un dilemme croissant entre la rigueur des sanctions et la stabilité énergétique des alliés fragiles.

L’argument avancé par M. Bessent lors d’une audition au Sénat révèle toute la complexité de l’équation : la fermeture virtuelle d’Ormuz, conséquence des affrontements entre Israël et l’Iran, a provoqué une flambée des prix et des ruptures d’approvisionnement qui frappent d’abord les économies les moins résilientes. De New Delhi à Nairobi, ces capitales redoutent une dislocation sociale si Moscou venait à être privé de ses débouchés pétroliers. En agissant ainsi, Washington reconnaît implicitement que ses propres restrictions secondaires nuisent à des partenaires qu’elle cherche par ailleurs à ménager, tandis que la Russie continue d’écouler sa production via des flottes parallèles.

Du côté européen, la décision américaine n’est pas sans susciter des remous. Bruxelles, qui peaufine un seizième paquet de sanctions, voit dans cette dérogation un précédent dangereux : comment justifier des restrictions plus sévères quand le principal architecte du régime répressif assouplit ses propres règles ? Les pays francophones d’Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui importent une part significative de leur carburant via des intermédiaires, observent ce signal avec prudence, espérant que la licence sera reconduite au-delà du 16 mai. Au Canada, producteur majeur mais incapable de desservir les marchés les plus éloignés, on s’interroge sur la crédibilité d’une politique occidentale qui multiplie les exceptions.

Au-delà de l’urgence, cette décision pose une question de fond : les sanctions contre Moscou peuvent-elles survivre à une crise énergétique mondiale ? La prolongation accordée sous la pression du Sud pourrait préfigurer un assouplissement durable, chaque nouveau délai rendant plus difficile un retour en arrière. Pour les chancelleries francophones, de Bruxelles à Libreville, l’enjeu est désormais de savoir si l’édifice des restrictions résistera à la coalition des pays vulnérables, ou s’il s’effritera face aux réalités du marché.

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