
Première conférence mondiale sur la sortie des fossiles : espoir et tensions à Santa Marta
Alors que la guerre au Moyen-Orient étrangle les exportations de pétrole et de gaz, une cinquantaine de pays se réunissent à Santa Marta, en Colombie, pour la première conférence mondiale sur l’abandon des énergies fossiles. Co-organisée par Bogotá et La Haye, cette initiative inédite entend tracer une feuille de route concrète là où les grandes conférences climatiques butent sur le déni des producteurs. L’échec de la COP30 au Brésil, en novembre 2025, à imposer un calendrier de sortie des hydrocarbures a servi d’aiguillon : il ne s’agit plus de savoir s’il faut transitionner, mais comment y parvenir sans sacrifier les équilibres sociaux et énergétiques.
Le choix de la Colombie n’est pas anodin. Premier pays d’Amérique latine à interdire la fracturation hydraulique, il affiche une volonté de montrer l’exemple tout en restant un producteur de charbon. L’Europe, via les Pays-Bas, apporte son expertise en matière de financement vert et de coopération décentralisée. En France, des exemples concrets comme le passage au géothermique dans une copropriété parisienne illustrent les difficultés et les succès locaux de cette transition. Mais le spectre géopolitique assombrit le tableau : la crise énergétique provoquée par le conflit iranien a rappelé combien la dépendance aux fossiles fragilise les économies, poussant certains pays à ralentir leurs efforts.
L’absence de l’Inde, pourtant troisième émetteur mondial, a suscité des interrogations. Les organisateurs affirment avoir invité des pays « prêts à s’engager de manière constructive », mais ce silence révèle les fractures persistantes entre nations du Nord et du Sud. De nombreux pays africains, eux, voient dans cette conférence une chance de promouvoir les énergies renouvelables tout en exigeant des compensations financières. Le Canada n’a pas envoyé de délégation ministérielle, signe des réticences des grands producteurs.
En filigrane, Santa Marta pose une question fondamentale : comment organiser une transition juste quand les conflits et la spéculation énergétique menacent de ruiner les efforts ? Les débats devront arbitrer entre urgence climatique et sécurité énergétique. Si la conférence ne produit pas d’accord contraignant, elle pourrait néanmoins forger une « coalition des volontaires » capable d’imposer un récit alternatif aux lobbies fossiles. Le monde retient son souffle : l’issue de cette rencontre décidera si la diplomatie climatique peut enfin dépasser les promesses pour entrer dans l’action.
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