
Téhéran double la mise : nouveau chapitre à Ormuz, défiance nucléaire et mirage d’un Golfe sans l’Amérique
Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a brisé plusieurs semaines de silence médiatique par un message écrit, lu à la télévision d’État, qui sonne comme un défi frontal à Washington. Célébrant la « Journée nationale du golfe Persique », il y annonce que « l’heure est à un nouveau chapitre » pour le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial. Affirmant que les États-Unis ont essuyé une « défaite honteuse » depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le chef iranien promet une gestion inédite du passage stratégique : « des cadres juridiques nouveaux » destinés, selon lui, à apporter calme et prospérité aux riverains du Golfe, mais aussi à exclure définitivement les « étrangers » – les forces américaines – de la région, « sauf au fond de ses eaux ».
Cette rhétorique guerrière intervient alors que le jeune Khamenei, jamais apparu en public depuis la frappe israélo-américaine qui a tué son père et l’a laissé, dit-on, grièvement blessé et défiguré, s’adresse à ses partisans depuis un lit d’hôpital. Dans les capitales du Golfe, le ton martial de Téhéran suscite un mélange d’inquiétude et de calcul : les monarchies pétrolières, traditionnellement dépendantes de la protection américaine, voient dans cette surenchère une menace directe pour leur sécurité énergétique. Du côté de Bruxelles et de Paris, où l’on suit avec anxiété la flambée du baril à 126 dollars – un pic depuis 2022 –, la réponse iranienne au blocus naval imposé par Trump est perçue comme une escalade dangereuse.
En Afrique francophone, les économies importatrices de brut, déjà fragilisées, redoutent les répercussions d’un verrouillage prolongé d’Ormuz. Mojtaba Khamenei, qui rejette toute limitation des programmes nucléaire et balistique iraniens, les érige en « capital national intangible », barrant la route à toute négociation sur le désarmement. Cette double intransigeance – contrôle du détroit et maintien de l’arsenal – installe une impasse stratégique.
L’administration Trump, qui juge « illégale » la prise de contrôle iranienne, menace de maintenir le blocus « pendant des mois ». Mais Téhéran mise sur la volatilité des cours et la fatigue des alliés occidentaux pour forcer une redéfinition des équilibres régionaux, où le Golfe deviendrait une chasse gardée iranienne. L’avenir dira si ce pari, adossé à un chef invisible, tiendra face à la pression militaire américaine et aux fractures internes que sa succession précipitée pourrait révéler.
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