
Antisémitisme au Royaume-Uni : après l'attaque de Golders Green, Londres relève son niveau de menace terroriste
Au lendemain de l'agression au couteau qui a blessé deux hommes juifs dans le quartier londonien de Golders Green, le gouvernement britannique a relevé jeudi le niveau de menace terroriste à « sévère », soit le deuxième échelon sur une échelle de cinq. Cette décision, prise par le Joint Terrorism Analysis Centre, signifie qu’un attentat est désormais considéré comme « hautement probable » dans les six mois à venir. La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a précisé que cette revalorisation ne répondait pas seulement à l’attaque du 30 avril, mais à une escalade plus large des périls extrémistes, islamistes comme d’extrême droite, qui pèsent sur le royaume. Le Premier ministre Keir Starmer, chahuté et traité de « coward » et « Jew harmer » lors de sa visite sur les lieux, a promis un renforcement des effectifs policiers dans les zones juives, une répression des discours de haine et une nouvelle loi contre les menaces étatiques, notamment iraniennes.
La stupeur et la colère dominent au sein de la communauté juive britannique, qui dénonce l’inaction des autorités face à une série d’attaques – incendies criminels de synagogues, agressions verbales et physiques – qui se multiplient depuis plusieurs semaines. Dans le nord de Londres, des résidents disent ne plus oser porter la kippa dans la rue. L’un des deux blessés, Shloime Rand, 34 ans, a confié depuis son lit d’hôpital se sentir « abandonné » par l’État. Cette défiance s’est exprimée ouvertement jeudi, lorsque des dizaines de manifestants ont accueilli Keir Starmer aux cris de « traître » et « lâche », brisant la solennité officielle. La presse européenne, du Frankfurter Allgemeine Zeitung au Figaro, a largement relayé l’humiliation du chef du gouvernement, tandis que des médias arabes comme An-Nahar ou Sky News Arabia ont souligné l’origine somalienne du suspect, Essa Suleiman, un Britannique de 45 ans déjà connu pour des antécédents de violence grave et de troubles mentaux, et qui avait été signalé au programme antiextrémiste Prevent.
Au-delà des mesures d’urgence – 25 millions de livres supplémentaires pour sécuriser les écoles, synagogues et centres communautaires –, c’est la question du modèle d’intégration britannique qui est posée. Le suspect, arrivé enfant de Somalie, incarne les failles d’un système de détection qui n’a pas su empêcher le passage à l’acte. Les autorités antiterroristes parlent désormais d’« urgence nationale en matière d’antisémitisme », tandis que le commissaire de la Metropolitan Police, Mark Rowley, évoque un « quasi-fléau ». La France et la Belgique, confrontées à une recrudescence des actes antijuifs depuis le 7 octobre, observent Londres avec inquiétude. Dans les chancelleries européennes, on redoute que la rhétorique sécuritaire ne suffise pas à enrayer une dynamique où la haine en ligne, les tensions géopolitiques au Proche-Orient et la fragilité des services de renseignement convergent pour fragiliser les démocraties libérales.
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