
Téhéran infléchit sa position sur le détroit d’Ormuz, le dossier nucléaire en suspens
C’est par le canal discret d’Islamabad que Téhéran a transmis, jeudi soir, une proposition remaniée à Washington pour tenter de ranimer les pourparlers de paix. Selon des sources proches du dossier citées par le Wall Street Journal, le texte marque un infléchissement tactique : la République islamique ne fait plus du levée préalable du blocus naval américain un prérequis absolu. Elle se dit désormais prête à discuter simultanément de ses conditions pour la réouverture du détroit d’Ormuz et des garanties exigées des États‑Unis – arrêt des frappes et desserrement de l’étau sur les ports iraniens. La confirmation par l’agence officielle Irna de l’envoi de « dernières propositions de négociation » à la médiation pakistanaise donne une consistance institutionnelle à ce qui apparaît comme une concession dictée par l’asphyxie économique et la pression militaire.
Donald Trump n’a pourtant pas masqué son insatisfaction, tout en laissant la porte entrouverte : « Ils veulent un accord, mais je n’en suis pas satisfait. Nous verrons. » En coulisses, les intermédiaires pakistanais murmurent qu’un compromis honorable serait à portée, un optimisme que tempèrent les capitales européennes. Paris et Bruxelles observent avec une inquiétude égale le bras de fer naval à l’entrée du golfe Persique, où la moindre étincelle pourrait embraser les cours du brut et aggraver une crise énergétique que le Vieux Continent croyait en voie de résorption. Depuis Ottawa, l’allié canadien, membre de l’Otan, redoute un effet de contagion qui diluerait l’attention occidentale sur l’Ukraine. Dans les chancelleries maghrébines et sahéliennes, on suit également ces développements avec une anxiété contenue : des économies déjà fragiles pourraient vaciller sous l’effet d’une flambée des prix de l’énergie et d’un éventuel retour en force des tensions régionales.
Le verrou central demeure néanmoins d’ordre stratégique. Washington, par la voix de l’émissaire Steve Witkoff, a réintroduit avec force la question nucléaire dans la liste des sujets à traiter immédiatement, alors que Téhéran espérait la différer à une étape ultérieure. Pour les analystes américains, toute trêve durable doit inclure un mécanisme de vérification du programme atomique iranien, exigence que les capitales du Vieux Continent soutiennent sans réserve. Côté iranien, on continue de nourrir une méfiance abyssale à l’égard de Washington, accusé d’avoir torpillé la précédente session de pourparlers pakistanais. Un responsable iranien confiait à CNN que la République islamique ne consentirait à rouvrir totalement le détroit d’Ormuz que si le blocus était levé – une réciprocité que les États‑Unis jugent insuffisante, puisqu’ils réclament un droit de passage inconditionnel pour tous les navires.
Les prochains jours seront décisifs. L’Iran s’est déclaré disposé à engager des discussions dès le début de la semaine prochaine au Pakistan si l’Amérique accueille favorablement son nouveau cadre. Mais le fossé sur les questions essentielles – gestion du détroit, contours d’un futur nucléaire, nature des garanties mutuelles – reste béant. La fenêtre diplomatique est étroite, et les deux camps entretiennent un climat de surenchère verbale et d’images belliqueuses sur les réseaux sociaux. Si le canal d’Islamabad parvient à transformer ces timidités tactiques en dynamique de négociation, le spectre d’une reprise des hostilités pourrait s’éloigner. À défaut, le monde, de Montréal à Kinshasa, subira les ondes de choc d’un conflit dont personne n’a mesuré toutes les répliques.
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