
Téhéran propose à Washington une désescalade en deux temps, des capitales arabes à Moscou
L'Iran a transmis aux États-Unis, par l'entremise discrète du Pakistan, une proposition diplomatique en deux phases visant à rouvrir le détroit d'Ormuz et à mettre un terme au conflit qui les oppose depuis deux mois, tout en repoussant à plus tard l'épineuse question du nucléaire. Cette initiative, rapportée de manière convergente par des sources américaines, russes et proche-orientales, est intervenue au terme d'un week-end de navettes intenses du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, entre Islamabad et Mascate – deux capitales qui jouent depuis plusieurs semaines le rôle délicat de médiateurs entre la République islamique et l'administration Trump. Selon les grandes lignes du plan dévoilé aux intermédiaires pakistanais, égyptiens, turcs et qataris, Téhéran propose de séquencer les pourparlers : d'abord, la levée mutuelle des entraves maritimes – le blocus naval américain qui asphyxie les ports iraniens, en échange de la réouverture du détroit par où transite, en temps normal, près d'un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures – puis l'instauration d'un cessez-le-feu prolongé, voire d'un accord de paix définitif.
Les négociations sur le programme nucléaire iranien, elles, ne commenceraient qu'une fois cette normalisation acquise. À Washington, la Maison-Blanche a accusé réception du message sans indiquer si elle comptait lui donner suite. Le président Donald Trump, qui avait annulé samedi la venue à Islamabad de ses émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner, a tenu à rappeler, microcosme d'une position américaine inchangée, que l'Iran pouvait « téléphoner » s'il souhaitait négocier, tout en martelant que Téhéran ne devait « jamais posséder l'arme nucléaire ».
Les analystes russes perçoivent dans cette main tendue iranienne une manœuvre habile pour briser l'impasse diplomatique, mais soulignent que la proposition place l'administration Trump face à un dilemme cornélien : accepter reviendrait à perdre le levier de pression économique constitué par le blocus, dont le président américain a lui-même vanté l'efficacité coercitive ; refuser exposerait Washington au reproche d'entraver une solution pacifique. Du côté des capitales européennes, on suit ces développements avec une inquiétude à peine voilée : la perturbation prolongée du trafic dans le détroit d'Ormuz a déjà fait tressaillir les marchés pétroliers mondiaux et ravivé, de Bruxelles à Paris, le spectre d'une crise énergétique aux répercussions planétaires. Les chancelleries francophones d'Afrique du Nord, du Maroc à l'Égypte, observent quant à elles avec une attention particulière ce ballet diplomatique : toute escalade dans le Golfe menace directement leurs approvisionnements et réactive des lignes de fracture régionales que l'on croyait assoupies.
La dimension russe de cette équation ne saurait être sous-estimée. En s'envolant lundi pour Saint-Pétersbourg, où il doit rencontrer Vladimir Poutine, le chef de la diplomatie iranienne a rappelé que Téhéran et Moscou n'ont jamais cessé leurs « consultations étroites », y compris pendant les phases les plus aiguës de l'affrontement avec les États-Unis. Ce voyage russe, au lendemain même de la transmission de l'offre à Washington, envoie un signal clair : l'Iran entend arrimer sa stratégie diplomatique à un axe continental qui, de la Caspienne au golfe Persique, redessine les équilibres hérités de l'après-guerre froide.
Reste que les divisions internes au régime iranien, reconnues par le ministre Araghchi lui-même devant les médiateurs, compliquent toute avancée décisive : aucun consensus ne semble émerger à Téhéran sur l'ampleur des concessions acceptables en matière d'enrichissement d'uranium et de transfert des stocks. Dans les prochaines semaines, la balle sera dans le camp américain, mais les regards resteront braqués sur cette triangulation inédite entre Washington, Téhéran et Moscou – un jeu à trois bandes dont dépend la stabilité de toute la région.
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Washington évoque un accord imminent sur le détroit d’Ormuz, Téhéran dément toute négociation directe
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