
Tennis: Carlos Alcaraz renonce à Roland-Garros, le vide d'un double champion
C’est un coup de tonnerre sur la surface ocre de la porte d’Auteuil. Carlos Alcaraz, double tenant du titre et figure de proue d’une génération dorée, a annoncé qu’il ne défendrait pas sa couronne à Roland-Garros. Le verdict, tombé au soir du 24 avril après de nouveaux examens, est sans appel : l’inflammation du tendon du cinquième doigt de la main droite, contractée au premier tour du tournoi de Barcelone, impose la prudence. Le Murcien, 22 ans, manquera également le Masters 1000 de Rome, laissant la tournée sur terre battue orpheline de son champion le plus spectaculaire. “C’est un moment compliqué pour moi, mais nous en sortirons plus forts”, a sobrement écrit le numéro deux mondial sur ses réseaux sociaux, une formule qui résonne autant comme un regret que comme une promesse.
Depuis l’Italie, où se déroule actuellement le Masters de Madrid, la nouvelle a glacé jusqu’au premier intéressé. Jannik Sinner, numéro un mondial, a appris la défection de son grand rival juste après un difficile succès face à Benjamin Bonzi. “C’est une nouvelle triste, le tennis a besoin de Carlos”, a déclaré un Sinner visiblement touché, lui qui avait livré à Paris l’an dernier une finale d’anthologie avec l’Espagnol. Les médias transalpins ne s’y sont pas trompés : au-delà du fair-play, ils décèlent dans cette absence une redistribution soudaine des cartes. Sinner, désormais grandissime favori, pourrait asseoir une domination encore fragile, tandis que les outsiders italiens voient une brèche inespérée s’ouvrir sur le tableau parisien.
Dans les quotidiens ibériques, l’heure est au deuil sportif. El Mundo évoque une “lésion complexe”, un processus de guérison qui exige une lenteur incompatible avec les exigences d’un Grand Chelem. Le retrait de Madrid avait déjà fait craindre le pire, mais voir le triple champion du Grand Chelem au palmarès polychrome – il détient désormais les quatre levées majeures – baisser pavillon pour son jardin parisien a valeur de séisme. Non seulement Alcaraz abandonne 3000 points au classement, mais il voit s’évanouir le rêve d’une triple couronne consécutive, exploit que seuls les plus grands ont signé.
Au-delà des Alpes et des Pyrénées, la nouvelle est scrutée avec la même gravité. Le journal québécois Le Devoir, qui suit de près l’héritage francophone de Roland-Garros, relève l’éventualité d’un “forfait redouté” qui prive le tournoi d’une tête d’affiche, mais s’interroge surtout sur la fragilité d’un physique que l’on disait taillé pour la durée. De Moscou à New York, la presse souligne une vacance inédite : pour la première fois depuis des années, le tennis masculin entre dans un printemps parisien sans patron désigné. Et si Rafael Jódar, jeune Espagnol de 19 ans, a ébloui Madrid en terrassant Alex de Minaur devant un Sinner médusé, il serait hasardeux de voir dans cette révélation autre chose qu’un éclat solitaire.
L’avenir immédiat s’écrira en pointillés. La prudence médicale, plébiscitée par tous les observateurs, a ceci de cruel qu’elle interrompt l’élan d’un athlète qui semblait pouvoir défier le temps. L’Europe du tennis, de Rome à Wimbledon, retient son souffle. Car si Alcaraz a déjà prouvé sa capacité à revenir de blessures longues – il avait manqué quatre mois en 2022-2023 –, chaque absence laisse une cicatrice dans l’histoire de la rivalité qui l’oppose à Sinner. Le Grand Chelem parisien se jouera sans son roi, mais la promesse d’un retour plus fort contient en germe l’intensité des batailles futures. En attendant, la terre battue, orpheline de son mousquetaire le plus audacieux, attendra celui qui a juré de revenir “plus fort”.
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