
Tensions étudiantes à La Plata : l'université argentine au cœur des fractures politiques
Affrontements violents entre libertaires et gauche à l'UNLP. Au Brésil, quotas et grève. Aux États-Unis, débat sur le rôle du trauma dans les admissions.
Un accrochage physique a éclaté à la Faculté de psychologie de l'Université nationale de La Plata (UNLP) lorsque des militants de gauche, proches du kirchnérisme, ont expulsé à coups de poing des étudiants libertaires tentant d'installer des tables d'information. Cet incident, largement relayé par des vidéos sur les réseaux sociaux, illustre une atmosphère de polarisation qui gagne les campus argentins, où le clivage entre partisans de La Libertad Avanza et forces de gauche radicale se cristallise autour du financement public de l'enseignement supérieur. Au-delà de ce face-à-face brutal, c'est toute la légitimité de l'université comme espace de débat démocratique qui se trouve mise à l'épreuve.
À São Paulo, la scène universitaire brésilienne connaît des tensions d'une autre nature mais tout aussi significatives. D'un côté, l'Université de São Paulo (USP) met en place un groupe de travail pour concrétiser les quotas destinés aux personnes handicapées, conformément à une loi de juillet 2025. Cet avancée inclusive, saluée par les ONG spécialisées, promet de transformer l'accès aux cursus sélectifs. De l'autre, les centrales syndicales ont apporté leur soutien à une grève étudiante qui réclame une revalorisation des aides à la permanence, une amélioration des restaurants et logements universitaires, et un élargissement des politiques de quotas. Les syndicats dénoncent un « démantèlement de l'université publique » orchestré par le gouvernement de l'État de São Paulo, accusé de privilégier les intérêts du marché.
Aux États-Unis, le débat sur l'équité dans l'admission universitaire prend une tournure inédite depuis l'abolition de l'action positive par la Cour suprême. Un récent reportage de la radio publique NPR a suscité la controverse en suggérant que certains recruteurs utilisent désormais le récit de traumatismes personnels comme indicateur implicite de l'origine raciale des candidats, contournant ainsi l'interdiction légale de discriminer sur la base de la couleur de peau. Cette pratique, analysée par d'anciens responsables des admissions à Georgetown, révèle une recherche de « diversité par la souffrance » qui interroge la philosophie même des politiques d'inclusion.
Ces trois foyers de tension, de l'Amérique latine aux États-Unis, partagent une interrogation commune : comment concilier justice sociale et autonomie universitaire dans un contexte de montée des populismes et de restrictions budgétaires ? En Argentine, la violence de La Plata pourrait n'être que le prélude à une contestation plus large contre les réformes libérales ; au Brésil, la grève étudiante et le nouveau système de quotas dessinent deux visions opposées de l'université publique ; aux États-Unis, le bricolage procédural pour maintenir une diversité raciale témoigne des limites d'un système qui peine à se défaire de son héritage inégalitaire. L'avenir de l'enseignement supérieur, en tant que bien commun et espace de citoyenneté, se joue dans ces affrontements quotidiens.
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