
Washington dénonce un 'coup d'État en cours' en Bolivie et appelle ses alliés à soutenir le président Paz
Les États-Unis accusent une 'alliance perverse entre politique et crime organisé' de fomenter les protestations contre Rodrigo Paz. La crise s'aggrave.
Depuis plusieurs semaines, la Bolivie est secouée par une vague de protestations d'une ampleur inédite. Ce qui avait débuté par des grèves contre les mesures d'austérité du gouvernement de centre-droit de Rodrigo Paz s'est transformé en un mouvement national exigeant la démission du président. Dans ce contexte, Washington a haussé le ton : Christopher Landau, vice-secrétaire d'État américain, a déclaré mardi que le pays faisait face à une véritable tentative de coup d'État, « financée par une alliance perverse entre la politique et le crime organisé dans toute la région ». Une accusation grave qui place la crise bolivienne sous les projecteurs internationaux.
Les manifestations, qui ont éclaté début mai, mobilisent un large éventail de la société bolivienne : syndicats, mineurs, transporteurs et communautés rurales. Les blocages de routes et les affrontements avec les forces de l'ordre se multiplient, notamment dans la capitale La Paz. Le gouvernement, tout en refusant de décréter l'état d'exception, a considérablement renforcé le déploiement militaire et policier pour tenter de rétablir l'ordre. Pour Washington, cette agitation ne doit rien au hasard : elle viserait à renverser un président jugé trop réformateur par des intérêts criminels transnationaux, dans une région où l'ombre de l'ancien président Evo Morales plane sur les contestataires.
La position américaine suscite des réactions divergentes en Amérique latine. Alors que l'Argentine a apporté son soutien au président Paz, Landau a explicitement appelé le Brésil et la Colombie à emboîter le pas. Cette intervention diplomatique reflète la volonté des États-Unis de consolider l'axe centre-droit dans la région, face à des mouvements sociaux perçus comme déstabilisateurs. En Europe, plusieurs chancelleries, tout en condamnant les violences, appellent à un dialogue inclusif, craignant que la crise n'affaiblisse davantage les démocraties andines déjà fragiles. La crise bolivienne cristallise ainsi les clivages géopolitiques d'un continent en pleine recomposition, où la tentation de l'ingérence étrangère se heurte aux souverainetés nationales.
L'avenir immédiat du pays reste incertain. Le président Paz tente de maintenir sa légitimité tandis que l'opposition, sous la tutelle morale de l'ancien chef d'État Evo Morales, refuse toute concession. L'exportation du gaz, pilier de l'économie, est menacée par les blocages, accentuant la pression sur un exécutif déjà confronté à une inflation galopante. Si l'accusation de coup d'État peut sembler outrancière, elle témoigne d'une polarisation extrême qui pourrait déboucher sur une escalade de la violence ou, à l'inverse, sur une médiation internationale. La Bolivie, une fois de plus, se trouve à un carrefour dangereux.
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