
Banksy installe une statue aveuglée par le drapeau au cœur de Londres : un geste politique
Une silhouette de bronze, vêtue d’un costume strict, s’avance d’un pas décidé vers le vide, le visage entièrement masqué par un drapeau qui claque au vent. Cette œuvre, apparue le mercredi 29 avril à l’aube sur un terre-plein de Waterloo Place, à deux pas du palais de Buckingham, a été revendiquée le lendemain par Banksy, le mystérieux artiste de rue britannique. Par un message vidéo posté sur son compte Instagram, il a confirmé la supercherie nocturne : une équipe discrète, un petit camion-grue, quelques cônes de signalisation, et voilà la statue érigée en quelques heures à côté des effigies du roi Édouard VII, de Florence Nightingale et des héros de la guerre de Crimée.
Le choix du lieu n’est pas anodin. Ce quartier londonien, conçu au XIXe siècle pour glorifier l’impérialisme et la puissance militaire britannique, sert désormais de toile de fond à une allégorie du nationalisme aveugle. De l’avis des analystes proche-orientaux, la symbolique est limpide : un homme en complet, figure de l’autorité et des élites, marche sans voir, emporté par un étendard qui l’empêche de regarder la réalité.
La critique d’une loyauté sans discernement, en écho à la montée des populismes en Europe et ailleurs, a été largement relevée par la presse arabe, qui y voit un commentaire sur la perte de sens critique face aux drapeaux identitaires. Du côté des observateurs russes, l’attention s’est portée sur la technique de l’installation et la réaction des autorités locales. Le conseil municipal de Westminster a annoncé ne pas envisager de retirer la sculpture, la qualifiant d’« ajout saisissant au paysage » – une mansuétude rare pour une œuvre non commandée, qui témoigne d’une tolérance variable selon les latitudes.
En Espagne, les commentateurs ont souligné la proximité avec les statues de figures militaires et coloniales, renforçant l’ironie d’un homme aveuglé par un symbole de puissance. Ce paradoxe n’a pas échappé aux rédactions francophones d’Afrique et de Belgique, qui ont rapproché l’œuvre des débats sur le déboulonnage des statues controversées dans l’espace public. Banksy, fidèle à sa méthode, ne livre aucune explication officielle, laissant le champ libre aux interprétations.
Mais en choisissant le cœur du pouvoir royal et militaire de Londres, il inscrit son geste dans une tradition de contestation visuelle qui, de l’art de rue à la scène politique, interroge les fondements mêmes de la citoyenneté. Alors que la statue reste en place, son avenir immédiat semble assuré ; son héritage, lui, dépendra de la manière dont les sociétés occidentales, mais aussi celles du Sud, voudront bien lire ce cri silencieux contre l’aveuglement collectif.
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