
Berlin et Rome secoués par deux scandales de fonds culturels
La démission de Sarah Wedl-Wilson, la sénatrice à la Culture de Berlin, a frappé le paysage politique allemand ce vendredi. La magistrate, pourtant sans étiquette, a choisi de quitter son poste après que la Cour des comptes de la cité-État a jugé « évidemment illégale » la distribution de plusieurs millions d’euros de subventions destinées à des projets de lutte contre l’antisémitisme. Le rapport des vérificateurs pointe des violations graves du droit et des négligences administratives. En acceptant la responsabilité politique et personnelle, Wedl-Wilson a, selon le bourgmestre régnant Kai Wegner, fait preuve de dignité. Mais ce départ laisse ouvertes des questions sur les mécanismes de contrôle qui ont permis de tels dérapages dans une administration censée promouvoir la vigilance démocratique.
De l’autre côté des Alpes, un autre scandale agite le ministère de la Culture italien. Giampiero Cannella, récemment nommé sous-secrétaire d’État dans le gouvernement Meloni, se trouve au cœur d’une controverse révélée par la presse. Ancien député d’Alliance nationale puis de Fratelli d’Italia, Cannella est également auteur de cinéma. Son roman « Task Force 45 – Scacco al califfo », un thriller célébrant les forces spéciales italiennes, a été adapté en scénario. Ce dernier a reçu une subvention de 600 000 euros de la commission ministérielle dont il relève désormais. Le conflit d’intérêts est flagrant, et l’affaire rappelle combien, en Italie, la frontière entre intérêts privés et publics peut s’estomper, surtout dans le domaine culturel, terrain de prédilection des réseaux clientélistes.
Ces deux affaires, bien que distinctes dans leurs contextes nationaux, révèlent des fragilités structurelles communes. À Berlin, l’argent public destiné à combattre l’antisémitisme a été attribué sans transparence suffisante, ce qui jette une ombre sur la crédibilité des politiques mémorielles allemandes. À Rome, c’est la promiscuité entre le pouvoir politique et les bénéficiaires de subsides qui interroge, dans un pays où la culture est souvent instrumentalisée. Pour la France et les institutions européennes, ces cas soulignent l’urgence d’harmoniser les règles de contrôle et de prévention des conflits d’intérêts. Les observateurs bruxellois y verront un argument supplémentaire pour renforcer les audits conditionnant les financements européens. Quant aux scènes culturelles allemande et italienne, elles redoutent un discrédit généralisé sur l’aide publique, alors même que la liberté de création a besoin de ces soutiens. Les prochaines semaines diront si ces scandales débouchent sur des réformes ou s’ils ne sont que l’écume d’un système qui, de Berlin à Rome, peine à se réinventer.
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