
DeepSeek dévoile son modèle V4 : la Chine accélère dans la course à l’IA ouverte
L’annonce, vendredi, par DeepSeek du lancement de son modèle d’intelligence artificielle V4 a secoué le secteur : la start-up de Hangzhou affirme que sa version preview, disponible en open source, surpasse tous les concurrents libres et rivalise avec les modèles fermés d’OpenAI et de Google DeepMind. Le V4-Pro, doté de 1 600 milliards de paramètres, et le V4-Flash, plus léger avec 284 milliards, partagent une fenêtre de contexte d’un million de tokens – soit l’équivalent d’un ouvrage de mille pages. Surtout, ce nouveau modèle est optimisé pour les puces domestiques chinoises, contournant ainsi les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs. Cette percée technique confirme l’ambition de Pékin de bâtir une filière souveraine, alors que les géants américains, malgré leur avance en matière de modèles propriétaires, voient leur hégémonie contestée sur le terrain de l’efficacité et de l’accessibilité.
Dans ce paysage en ébullition, Tencent a également présenté son premier modèle phare, « Hy3 preview », conçu sous la direction d’un ancien chercheur d’OpenAI. Avec seulement 295 milliards de paramètres, le groupe de Shenzhen rompt avec la frénésie du « toujours plus gros » et mise sur la compacité. Si le modèle est jugé comparable aux meilleures offres chinoises, il reste en retrait face aux fleurons américains, indice d’une stratégie prudente dans un contexte de concurrence exacerbée. À Pékin, les autorités encouragent pourtant une montée en gamme rapide, voyant dans l’IA un levier de puissance technologique et de contrôle sociétal.
Pour les observateurs européens, et notamment francophones, cette accélération chinoise pose un double défi. D’un côté, elle fragilise la position des acteurs européens, déjà marginalisés dans la course aux modèles fondateurs ; de l’autre, elle offre une alternative open source qui pourrait séduire les entreprises africaines ou canadiennes soucieuses de réduire leur dépendance aux plateformes étasuniennes. La Belgique et la France, où les débats sur la régulation de l’IA battent leur plein, devront composer avec cette nouvelle donne : le modèle chinois, moins coûteux et adapté à des infrastructures locales, pourrait élargir l’accès à l’IA en dehors des circuits dominants, tout en soulevant des questions de souveraineté et de protection des données.
Enfin, au-delà des annonces, c’est la logique d’efficacité qui interpelle. DeepSeek revendique un rapport performance-coût inédit, bousculant la croyance selon laquelle seuls des budgets colossaux sont nécessaires pour rivaliser. Ce paradigme pourrait remodeler les équilibres géopolitiques : si la Chine parvient à démocratiser une IA compétitive via l’open source, les efforts américains pour freiner son essor via l’embargo sur les puces en seront réduits. L’avenir de l’intelligence artificielle ne se joue plus seulement dans les laboratoires de la Silicon Valley, mais dans la capacité à innover sous contrainte – un domaine où Pékin semble, pour l’instant, prendre une longueur d’avance.
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